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Berlin culture alternative
Edmund, 

Mon sac de rando posé sur tes sièges en cuir, je retrouve la chaleur et le confort, après près d’une heure à tendre un pouce rougi par le froid. Les paysages gris défilent à plus de 200 kilomètres par heure jusqu’à Berlin.  

Berlin, c’est chez toi. Tu l’as connu avec et sans le mur. Tu nous racontes. Tu as toujours vécu à l’Ouest. « Vous savez, on sent toujours beaucoup la scission. L’Est et l’Ouest sont très différents. Les gens ne se parlent pas vraiment. » Pour autant, tu connais la partie orientale et tu sais l’apprécier. Tu prends un plaisir évident à partager avec nous ta ville. Tu nous présentes les quartiers, nous parles des modes de vie des berlinois. « Il n’y a pas un Berlin ou une culture berlinoise. La ville se caractérise par un énorme melting pot. » Pris dans tes récits, tu n’hésites pas à faire des détours pour les illustrer. Nous découvrons l’Est à travers les vitres de ta magnifique voiture. « Ici, c’est le quartier turc. Je vous conseille d’y manger. Vous voyez tous ces appartements avec une parabole ? C’est qu’une famille turque y vit. La télévision allemande n’a pas besoin de parabole. » Tu te balades, à la fois corps étranger et familier, dans ce monde, voisin du tien, auquel tu as maintenant accès. 

Tu nous laisses à l’Est, devant les portes du Sunflower, notre auberge de jeunesse aux murs peints par des artistes et aux tables à rallonge qui invitent à l’échange. Après remerciements et adieux, nous laissons le papy cool par excellence. Le papy cultivé, tolérant, humble et aisé, qui n’est pas sans me rappeler le mien. Dans une autre vie, vous auriez été bons potes.  

Nous sommes maintenant de l’autre côté. L’Est c’est l’Art, c’est la vie dans la rue, c’est la musique partout, c’est l’humain avant tout, c’est la fête tous les soirs. L’Est c’est l’alternatif qui combat le capitalisme. 

Le lendemain, après avoir avalé un bretzel (j’ai à peine insisté), nous allons marcher le long de l’East Side Gallery, ce pan de mur conservé sur près d’un kilomètre et offert à des artistes du monde entier pour qu’ils y peignent des odes à la liberté et à la tolérance.  Désormais, le logo Mercedes est à l’Est du mur que des panneaux publicitaires surplombent. Les grues et les entreprises ont investi le no man’s land. 

Plus tard, nous suivons Billy, jeune anglaise expatriée à Berlin depuis cinq ans. Elle nous parle avec passion de street art et nous emmène à la rencontre du Berlin alternatif. Le street art est partout, sous la forme de minuscules stick men ou sur des façades entières d’immeubles. Les artistes allemands débordent de créativité et font des rues de Berlin leur terrain de jeux. 

Mais ce terrain de jeux diminue à vue d’œil. Les squats se vident et se transforment en habitations branchées. Les loyers qui augmentent chassent les artistes de Berlin qui est en cours de gentrification. Mediaspree est en train d’uniformiser la ville au travers d’un énorme projet d’urbanisation. Uniformiser Berlin. Oxymore provocateur contre lequel luttent des artistes en continuant de répandre leurs messages et en semant des graines d’alternatif dans des champs de résidences chic.  

Jusqu’à quand résisteront-ils ?  

Tu vois Edmund, j’ai peur que ton Berlin ne soit déjà plus… La ville change à toute allure. Est-ce bien ou mal ? Je suis bien mal placée pour en juger. Mais je suis heureuse d’avoir pu être témoin de ce Berlin qui sait encore faire une belle place à ses cultures plurielles et à l’Art sous toutes ses formes. Pourrai-je le montrer à mes enfants ? C’est une autre histoire.  

Je t’embrasse.

a

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Cet article a 5 commentaires

  1. Superbe recit!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Effectivemment Berlin est LA VILLE du street art, mais beaucoup d autres ville se font investir par des collectifs d artistes, ce qui est super!!!! Merci a eux de mettre de la couleur et de la joie sur nos murs!!!
    Toujours un plaisir de te lire Lea, si tu veux voir du street art à Lyon n hesites pas je connais plein d artiste qui serait ravi de te faire découvrir leurs univers et leurs oeuvres un partout dans lyon 🙂

    1. Salut Aurélien,

      Merci beaucoup pour ton retour ! (:

      Et en effet, partir découvrir un bout de notre street art serait quelque chose qui m’intéresserait beaucoup à l’occasion. J’ai pour projet de faire une série de lettres dédiées à notre belle ville dans les mois qui viennent. Pourquoi pas à ce moment là.

      Merci encore !

      Belle journée.

      Léa

  2. Merci en tout cas de partager cela, et qui plus est avec un certain talent d ecriture!!

  3. Merci de partager cette belle expérience, je suis vraiment touchée que tu me donnes l’occasion de découvrir tous ces sites, que je ne connais pas et, ainsi, j’ai un peu l’impression de voyager, grâce à toi. Prends soin de toi et gros, gros bisous.
    Mamie Anne.

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