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Russie en auto-stop
Cher Saïd,

À quinze kilomètres de Lyon, tu réponds à l’appel de notre pouce. Tu ris avec nous quand nous t’annonçons que nous allons jusqu’en Russie en stop. C’est vrai que, vu d’ici, Saint Pétersbourg paraît bien loin. Et ne parlons pas de Pékin !

Anecdotes de voyage, éclats de rire et confidences, le trajet file à toute vitesse jusqu’à Bourg-en-Bresse. Tu nous offres un repas chaud et un tapis de sol pour que nous dormions confortablement. Tu fais un détour pour nous poser sur la bonne aire d’autoroute. Tu nous donnes ton contact pour que nous puissions te donner des nouvelles ou te demander de l’aide si nous nous retrouvions coincés – tu insistes sur ce dernier point. Et ta femme qui est enceinte sera ravie de suivre notre aventure !

Saïd, tu nous as laissés sur cette aire d’autoroute avec le sourire jusqu’aux oreilles. Je me dis que ta gentillesse va porter chance à tout notre voyage.

Aujourd’hui, je t’écris pour te dire que nous l’avons fait, nous sommes arrivés en Russie en stop ! Je vais te conter cette aventure humaine à travers l’Europe, ce premier chapitre de notre voyage jusqu’à Pékin sans avion.


De Lyon à Colmar

Colmar Alsace
Colmar Alsace
Après ton départ, nous avons quitté l’aire d’autoroute à pied pour nous trouver un coin tranquille dans les sous-bois où monter notre tente. Premier bivouac installé et nous voilà ravis. Nous sommes de nouveau sur la route !

Le lendemain, nous poursuivons la route avec Thierry qui va livrer des escaliers à Belfort, Vincent, passionné de moto et Nicolas qui habite non loin de Guebwiller, où nous attend Christie et ses bières fraîches.

Guebwiller, c’est tout près de Colmar, en Alsace. Nous ne connaissions pas du tout le coin et ce voyage était une bonne excuse pour nous y arrêter. Christie nous a invité chez elle grâce au site de Couchsurfing. C’est une femme adorable, très généreuse et passionnée par toutes les rencontres que permet de faire Couchsurfing. Auxiliaire de puériculture retraitée, elle tient un grand livre d’or de tous les voyageurs passés par chez elle. Elle y consigne les petits mots et les photos soigneusement découpées.

Le lendemain, Christie nous avait préparé une petite balade dans les vignes de Guebwiller, puis nous l’avons initiée au stop pour nous rendre ensemble à Colmar. Et oui ! Christie a fait du stop avec nous ! Je suis très fière d’elle, fière qu’elle ait osé. Elle s’était mise sur son trente et un pour tenir notre fidèle ardoise blanche et nous avons trouvé très facilement des voitures pour faire notre aller-retour. Christie s’est même faite copine avec la première conductrice ! Quant à Colmar, c’est une très jolie ville, toute en couleur et canaux. Nous prenons beaucoup de plaisir à nous y balader.


De Colmar à Prague

Prague République Techèque
Prague en stop
Le lendemain matin, le réveil sonne à 4h30 pour que nous partions avec François, le compagnon de Christie, qui s’en va travailler en Suisse. Christie est debout pour nous préparer un petit déjeuner. Après des au-revoir et des promesses de se revoir, nous reprenons la route, une petite cigogne en peluche désormais accrochée à mon sac. François nous fait franchir la frontière allemande.

C’est l’étape la plus difficile de notre voyage en stop. Nous devons traverser toute l’Allemagne en une journée. C’est clairement ambitieux, d’autant plus que l’Allemagne, c’est un peu notre bête noire à Léo et moi. Nous avons tous deux été coincés plusieurs heures dans les nœuds autoroutiers autour des villes allemandes.

Après un rapide départ – trop rapide d’ailleurs : 180 km/h dans une vieille voiture ce n’est pas rassurant ; mais en buvant de la bière à 7h du matin et en boudant les distances de sécurité, là c’est nettement plus angoissant. Après un rapide départ donc, nous avons enchaîné sauts de puce et longues attentes. Nous allons demander directement aux conducteurs aux pompes, mais rien à faire. Et ces longues attentes sont rapidement épuisantes. Nous le savons. Nous savons que le prochain « oui » gommera tous les « non ». Mais voilà, après huit heures à aborder tous ces conducteurs le sourire aux lèvres, nous n’étions pas encore à Nuremberg, la moitié de notre étape du jour.

Finalement, nous embarquons avec Tom, jeune publicitaire tatoué qui se rend en Pologne. Nous nous résignons à prendre un bus pour la fin du trajet et demandons à Tom s’il peut nous déposer à Nuremberg. Il accepte même de nous conduire dans le centre-ville, à la station routière. Et ça tombe plutôt bien, il ne reste plus qu’un bus pour Prague et nous y arrivons de justesse grâce à l’énorme détour qu’il fait pour nous. Et là, tu vois, les « non » de la journée sont déjà gommés. Nous serons à Prague ce soir.

Nous passons la journée du lendemain à nous balader sur les pavés des rues de Prague. Du château, au quartier juif, à la vieille ville, j’avais très envie de faire découvrir cette ville à Léo. Bien qu’envahie par les touristes à cette période de l’année, elle reste magnifique.


De Prague à Cracovie

Nous quittons notre auberge au petit matin pour nous rendre à une station-service que nous avions repérée. Après de longues minutes d’attente devant une station archi vide, il faut nous faire une raison et changer de spot. Bon, le suivant est plus efficace, nous partons rapidement, mais nous aurons perdu deux heures dans la manœuvre.

Les voitures s’enchainent plutôt bien jusqu’en Pologne. Nous finissons le trajet avec un couple autrichien qui ne parle pas un mot d’anglais mais qui est très enthousiaste de nous prendre avec lui. Ils nous conduisent devant chez Ola, notre hôte pour la nuit.

Ola nous attendait avec de succulentes crêpes polonaises, au fromage de chèvre légèrement sucré, et du vin maison. Elle nous embarque ensuite à la découverte de sa ville.

Je dois t’avouer que je ne connaissais pas grand-chose à la Pologne. C’était sur le chemin pour la Russie. Et je suis tombée des nues. Cracovie est superbe. Nous l’avons découverte avec Ola pour guide et dans une lumière dorée incroyable (je me suis maudite d’avoir laissé mon appareil photo chez elle). Elle nous a ensuite emmenés boire une bière dans une ancienne fabrique de tabac avec Veronika, une amie à elle. Le lieu est très sympa, je te conseille d’y passer si tu vas à Cracovie.

Le lendemain, après un petit-déjeuner français cuisiné par Léo, Ola s’en va à la campagne et nous retrouvons Magdalena, qui sera notre hôte pour la nuit. Magdalena nous fait visiter la ville où elle connait plein de petites adresses plus mignonnes les unes que les autres. Nous déjeunons des pierogi à Pirozki U Vicenta… Il faut que je te parle des pierogi. C’est tellement bon ! Je pense que c’est la spécialité que j’ai préféré du voyage dans toute l’Europe et la Russie (la Chine est hors-jeu, hein) ! Ce sont des ravioles, un repas traditionnel polonais que sa grand-mère a pour habitude de cuisiner à Noël. Il y en a pour tous les goûts. Je salive rien qu’en me replongeant dans ces souvenirs.

Et au-delà des pierogi, la ville de Cracovie est vraiment superbe. Je te le confirme avec cette seconde balade dans la vieille ville et dans le quartier juif, kazimierz. Le soir, nous avons assisté à plusieurs pièces d’un festival de théâtre de rue et c’était vraiment chouette.


De Cracovie à Varsovie

Malgré un réveil tardif et un copieux petit déjeuner chez la grand-mère de Magdalena, nous quittons la ville très rapidement. Martin s’arrête directement et, ça tombe bien, il va à Varsovie. Il est plutôt pressé, il va retrouver sa copine après avoir organisé un camp de VTT à Tignes, en France. Léo et lui ont beaucoup de points en commun et sympathisent tout le trajet.

Arrivés à l’auberge, à Varsovie, nous sympathisons avec Svetlana, voyageuse biélorusse. Nous parlons ensemble un curieux mélange de russe et d’espagnol.

Encore une fois, la ville est magnifique. La vieille ville de Varsovie a été complètement détruite pendant la guerre, puis reconstruite à l’identique. Du coup, les couleurs sont encore récentes, toujours vives, et les façades sont pleines de petits détails peints. Se balader dans les rues pavées de la vieille est vraiment très agréable. Nous passons encore toute la journée du lendemain à marcher dans la ville et à goûter quelques spécialités, notamment en mangeant dans un bar à lait, une petite cantine typique, vraiment bon marché, initialement pour les travailleurs. Nous avons mangé un délicieux bortsch à Mleczny Rusałka, en face d’une mamie qui devait avoir au moins cent cinquante ans !


De Varsovie jusqu’en Lituanie

Lituanie en stop
Nous quittons l’auberge tôt pour nous rendre à un spot repéré grâce au site Hitchwiki. Mais là, nous attendons deux heures sans que personne ne s’arrête. Les sourires se crispent, les nerfs sont à vif… Ça peut être très long deux heures. Pourquoi ça ne marche pas ? Finalement, un homme à vélo finit par s’arrêter près de nous. « Il y a une autoroute désormais qui mène en direction de la Lituanie. Les gens sur cette route n’y vont pas. ». C’était donc ça ! Demi-tour et course pour atteindre l’entrée de cette autoroute flambant neuve. À peine arrivés que Paveo, un ancien auto-stoppeur, s’arrête, la voiture pleine de viennoiseries. Ouf, le moral se regonfle d’un coup, nous sommes partis ! Et les voitures s’enchainent plutôt bien jusqu’en Lituanie.

Nous nous arrêtons près de Kaunas et décidons de monter le camp dans un champ de blé. Nous regardons même le match de la coupe du monde France-Belgique. Manque de chance, la mauvaise connexion nous fait rater le seul but du match !


De Lituanie à Riga

Riga en stop
Riga en stop
Nous ne nous attardons pas en Lituanie. Du pays nous ne verrons que ses routes. Parfaites pour l’auto-stop d’ailleurs : il y a des arrêts de bus sur les grandes routes qui permettent à nos conducteurs de s’arrêter facilement.

Nous sommes pris en stop par Camelia. C’est la première femme seule qui nous prend du voyage. Et nous sommes ses premiers auto-stoppeurs. J’espère que nous lui avons fait une assez bonne impression pour qu’elle en reprenne à l’avenir !

Nous finissons le trajet avec un patriote lituanien qui écoute Rammstein à fond dans son camion et un commercial en agriculture qui nous offre une grande boîte d’avoine qui épaissira nos soupes en Mongolie.

À Riga, Alexey et Ilena nous attendent. Ils sont ukrainien et russe et vivent en Lettonie depuis près d’un an. Ils nous font visiter la ville. Elle est mignonne, mais je crois qu’après la Pologne, nos critères sont trop élevés. Heureusement, Alex est passionnant. Il connait l’histoire de la ville sur le bout des doigts et a des anecdotes pour chaque bâtiment.

Le lendemain, nous passons une belle partie de la journée dans un joli café où j’écris et où Léo bouquine. Nous ne ferons qu’une rapide balade avant de rejoindre nos deux hôtes pour un festin franco-russe et une très bonne soirée à découvrir quelques pépites de la musique russe humoristique ou engagée.


De Riga à Tallinn

Tallinn en stop
Tallinn en stop
Nous nous réveillons aux aurores pour faire le trajet jusqu’à la dernière ville européenne de notre périple. Je rêve depuis des années de découvrir la capitale estonienne.

Le départ est difficile, nous nous trompons de bus pour nous rendre jusqu’au spot que nous avions repéré. Nous nous trompons de billet pour payer le bus. Et nous sommes trempés par la pluie. Nous commençons à pousser la chansonnette. Rien de mieux pour que le temps passe vite et pour garder le moral ! La première voiture nous emmène quelques kilomètres plus loin, mais au soleil !

Nous sommes ensuite pris par Didzi, chanteur letton à qui nous n’avons pas voulu exposer notre talent. Il s’en allait tondre la pelouse de sa maison de campagne car ses voisins l’avaient appelé pour s’en plaindre !

Nous arrivons à Tallinn en tout début d’après-midi mais perdons un temps fou à trouver notre auberge. Elle s’appelle Hide Away et porte bien son nom !

Premier aperçu de Tallinn et j’aime déjà la ville. Elle n’est pas très grande et se compose d’une ville basse et d’une ville haute avec une belle vue sur la ville basse.

Le lendemain, notre exploration de Tallinn nous conduit d’une plage au bord de la mer baltique, à l’alternatif quartier Tallinski où les bâtiments sont des usines désaffectées et où le street art est roi. Vraiment, j’ai beaucoup aimé Tallinn !


De Tallinn à Saint Pétersbourg

Saint Pétersbourg
Nous y voici ! Notre visa russe débute aujourd’hui. C’est aussi la finale de la coupe du monde. Nous nous dessinons un drapeau français sur la joue à l’aide d’un feutre bleu et de mon rouge à lèvres. Nous n’avons pas le temps d’écrire Saint Pétersbourg sur l’ardoise qu’une première voiture s’arrête. Et les voitures encore une fois très facilement, Ioana, Vladim, Ilena puis Anton nous conduisent jusqu’à la frontière russe que nous traversons à pied. Nous sommes tellement heureux d’être arrivés en Russie si tu savais !

Le challenge est relevé ! Nous nous autorisons à prendre un bus jusqu’à Saint Pétersbourg pour arriver à temps pour le match de la finale. Par automatisme nous demandons quand même aux conducteurs dans une station-service devant laquelle nous passons. Nous sommes déjà repartis lorsque Vladimir nous rappelle. Il va jusqu’à Saint Pétersbourg !

Sur la route les paysages commencent à changer. Les maisons rapetissent et les jardins ne sont plus tondus. Ils ont aussi tous leur petit potager.

En arrivant près de Saint Pétersbourg, nous restons béats devant la taille de la ville. D’immenses cubes de bétons s’empilent autour des deux fois cinq voies. Les gratte-ciel sont aussi hauts que larges. C’est impressionnant et un peu étouffant au premier abord !

Nous sommes finalement arrivés à temps pour voir le match de foot dans un hangar près de notre auberge de jeunesse. Mais avec le décalage horaire, nous nous sommes trompés d’heure et sommes arrivés alors qu’il y avait déjà deux buts marqués. Oups. Pour les suivants, nous donnons de la voix. Nous sommes les seuls à supporter la France.

Voilà pour le premier chapitre, cher Saïd. La suite nous fera traverser la Russie en train, la Mongolie en moto et atteindre la passionnante Pékin. Merci d’avoir lancé cette aventure. Merci pour ta bienveillance et ta gentillesse. Je te souhaite un bon départ dans cette nouvelle vie de famille.


Je t’embrasse.

Léa

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Cet article a 9 commentaires

  1. Bonjour Léa,
    Merci pour ce récit de voyage. Tu m’as emmenée avec toi sur le chemin.
    C’est à la fois inspirant et excitant de lire cette lettre. J’ai envie d’écrire « j’espère avoir le courage de faire ce genre de périple un jour » mais je sais que ça ne tient qu’à moi. Je vais me concerté avec moi-même pour savoir quand est-ce qu’on se lance.
    Merci et bonne route ! Je te lirai jusqu’en Chine.

    1. Merci beaucoup pour ton message Flora. Je te souhaite de te lancer, c’était vraiment une belle aventure ! 🙂

  2. J’ai hâte de connaître la suite !! 😀

    1. Merci Émilie ! 😀 Je l’écris vite, promis. 🙂

  3. Ton récit est captivant ! J’adore

  4. Merci pour ton article & de l’avoir partagé sur facebook! Tu écris tellement bien! J’ai revécu ma propre expérience à travers ton récit, ça m’a rendu très émue! (Nous étions partis en voiture du Nord de la France pour Tallinn en décembre dernier pour rejoindre la Finlande). J’ai hâte de lire la suite!

    1. Merci pour ton message ! Ce devait être un beau voyage, la Finlande a l’air d’être un pays absolument magique… surtout en hiver !

  5. Attends la suite avec impatience!Gros schmoutz

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