Après nos deux mois de voyage au Pakistan, nous retraversons la frontière indienne et filons directement dans les montagnes pour rejoindre Dharamsala. Nous restons une dizaine de jours à McLeod Ganj, le quartier haut de Dharamsala qui est notamment connu pour offrir l’exil au Dalaï Lama et à une grande communauté tibétaine. McLeod Ganj est surnommée la petite Lhasa et nous comprenons rapidement pourquoi. Tu me suis pour ce plongeon dans la culture tibétaine au milieu des montagnes indiennes ?

 

La forêt colorée de McLeod Ganj

Nous arrivons à McLeod Ganj depuis Amritsar dans un bus en mauvais état et plein à craquer où le contrôleur devait escalader la montagne de bagages dans le couloir pour venir vérifier les tickets de tous les passagers. Le trajet semble un peu long. Nous arrivons de nuit dans la guest house qui sera notre chez nous pour ces quelques jours.

Ce n’est que le lendemain que nous découvrons donc les environs. La vue sur les montagnes est magnifique. Et le ciel est d’un bleu pur. C’est bien quand même un ciel sans pollution, non ? C’est chouette de ne pas craindre de tomber malades rien qu’en respirant dehors comme ça avait été le cas à Lahore et à New Delhi. Allons donc respirer dehors !

Pour rejoindre le petit centre-ville de McLeod Ganj, nous avons un peu plus d’une heure de marche à travers la forêt. Ce sera notre marche quotidienne et, chaque jour, nous nous sommes émerveillés. Que les montagnes sont belles quand même. Et au milieu du trajet, la forêt devient soudainement multicolore… Des centaines de drapeaux de prière sont accrochés aux arbres, laissant le vent faire danser les couleurs et chuchoter les vœux. Et de temps à autre, une silhouette drapée de pourpre apparait entre les feuillages et les prières, nous offrant un sublime tableau, une image intemporelle. Le moine nous salue, les mains jointes, un sourire au coin des lèvres, avant de disparaître comme il est arrivé au milieu des chuchotements de la forêt.

Dans les rues de la petite Lhasa

Arrivés dans le centre, une balade dans les rues de McLeod Ganj nous fait découvrir un petit bout de la culture tibétaine. Les visages ont changé. Les yeux se sont étirés, les peaux éclaircies, les têtes arrondies. Et partout, des temples dorés où Bouddha est adoré. Les rues sont animées. Entre les stands de momos, ces raviolis tibétains tellement mais tellement mais tellement bons, les étals se couvrent d’artisanat coloré, de bijoux en argent, de vêtements brodés… Nous passons de longues heures à nous balader dans ces rues et à remplir nos sacs à dos (qui n’étaient pas assez lourds) de jolis souvenirs colorés. Mais mon plus beau souvenir de Dharamsala ne pèsera pas un gramme dans le sac, puisqu’il est dans ma peau : je me fais tatouer des motifs cachemires par Bassang qui tient le studio Snow Lion. Et quand il commence à faire un peu trop frais dehors, nous nous installons dans un café pour boire une bonne tasse brûlante de po cha, le thé tibétain au beurre de yak salé, qui nous rappelle avec plaisir les chaï que l’on buvait en Mongolie. Promis, c’est délicieux !

Le bouleversant musée du Tibet

Pour en découvrir davantage sur l’histoire des tibétains, nous nous rendons au musée du Tibet, juste à côté du temple du Dalaï Lama. La visite est absolument bouleversante. À travers les témoignages et les photos, nous nous plongeons dans l’histoire de la sinisation du Tibet qui a eu lieu dans les années 50, du génocide qui en a découlé et qui n’est toujours pas reconnu en tant que tel et de l’exil difficile et dangereux des populations vers l’Inde à travers l’Himalaya, dont celui du quatorzième Dalaï Lama en 1959. Et c’est avec des larmes plein les yeux que nous lisons les derniers mots des nombreux Tibétains qui se sont immolés par le feu pour réclamer l’indépendance de leur pays. La lutte continue aujourd’hui et est bien loin d’être gagnée tant l’histoire est tue et ignorée.

Lors de notre passage, le musée diffusait le documentaire « From nomad to nobody » qui nous montre le mode de vie traditionnel des nomades tibétains organisé autour des troupeaux de yaks, mode de vie qui nous a souvent rappelé ce que nous avions pu voir en Mongolie. Le reportage nous explique ensuite que l’armée chinoise a imposé la sédentarité à une grande partie de la population et les a forcés à vendre la viande de leurs yaks. Nomades devenus sédentaires, de nombreux Tibétains n’ont pas pu s’adapter à ce mode de vie. Alors qu’ils étaient complètement autonomes dans les steppes, ils se sont retrouvés piégés entre quatre murs, sans avoir de métier et ont souvent sombré dans l’alcoolisme.

Aujourd’hui, c’est fièrement que nous affichons notre soutien à la cause tibétaine sur nos sacs-à-dos. C’est le seul écusson qu’il y a dessus et nous comptons bien nous balader un moment avec !

 

Je t’écris ces lignes alors que le monde est confiné pour se protéger du covid-19 et j’espère qu’elles t’auront fait un peu voyager. 

Je t’embrasse de loin.

Léa

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Cet article a 4 commentaires

  1. Claire

    Pfff émouvant… j’ai beaucoup lu sur le Tibet et l’odieuse façon dont ce pays a souffert et souffre. Je suis d’accord avec vous : free Tibet!
    C’était chouette d’avoir cette lettre et ces photos ce matin. C’est ma quatrième semaine d’enfermement et je perdais un peu l’envie… du coup ça va mieux.
    Merci
    Gros bisous

    1. Léa

      Ça m’a fait beaucoup de bien aussi de me replonger dans ces souvenirs ! J’ai l’impression que c’était il y a une éternité déjà !
      Bon courage, des bisous !

  2. C’est étonnant comme les arbres ressemblent à ceux qu’on a en montagne en France ! Je m’imagine souvent qu’à l’étranger la nature est forcément différente, alors que je sais bien que ce n’est pas le cas partout.
    J’aime toujours beaucoup tes lettres, elles sont simples (pas dans le sens « pas compliquée », dans le sens agréables, sereines). Ton écriture transmet les ambiances (je ne sais pas si c’est clair…?).
    Bon confinement en Nouvelle-Zélande ! J’attends avec impatience la prochaine lettre

    1. Léa

      Merci beaucoup Ioulia.
      Comme toi, je m’étonne souvent de retrouver tant de points communs avec la France aussi loin de chez nous. Je ne m’étais pas fait la remarque pour les arbres tiens. Bien observé. Mais je me le suis dis il y a quelques semaines ici en Nouvelle-Zélande.
      Bon confinement à toi aussi !

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