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Islande en stop Sud Jokulsarlon
Cher premier conducteur,  

Je t’ai laissé à la fin de mon dernier récit, frigorifié et émerveillé après un petit plongeon dans la faille de Silfra. Je te retrouve là, les cheveux encore humides, nous sommes prêts à reprendre la route.  

Il commence à être tard, notre prochaine étape est à plusieurs heures de route. « Tendons donc le pouce une heure, si nous nous rapprochons, tant mieux, sinon, nous poserons la tente par ici. » Première voiture qui passe – avant même que nous n’atteignions le spot que nous avions repéré pour faire du stop – et nous voici embarqués directement jusqu’à cette prochaine étape. Oui, directement ! 

Hveragerði

Islande en stop Hveragerdi
Photo : acase1968
Nous sommes en voiture avec deux jeunes islandais, dix-huit et dix-sept ans, des piplettes, tu n’imagines pas ! Cet amusant trajet nous conduit jusqu’aux montagnes qui fument. Je suis scotchée à la vitre de la voiture, j’essaie de voir, je n’imagine pas encore ce qui nous attend.  

Ils nous laissent là, au pied de ces géantes fumantes que nous commençons à gravir. Très vite, les épaisses fumées parfumées au souffre nous enveloppent. Sous nos pieds, la Terre boue, la Terre s’agite. J’avance avec le sentiment qu’elle ne pourra pas contenir cette colère bien longtemps. Apparaissent de petits cratères dans lesquels nous avons l’impression d’entrevoir les entrailles de la Terre. De l’épaisse boue orange ou bleue danse au fond, au rythme soutenu des bulles qui éclatent.  

Nous montons et le ciel s’embrase autant que la Terre sous nos pieds. Le coucher de soleil est à nouveau extraordinaire. Imagine juste cette photographie : le ciel prend feu, il y a juste assez de nuages pour donner de la matière à toutes ces couleurs ; la montagne est déserte, au premier plan une épaisse fumée qui danse dans le vent et au milieu, la silhouette de Léo apparaît, chargé de son lourd sac à dos, dont une béquille dépasse.  

Nous monterons tout en haut de cette montagne pour trouver un coin d’herbe où poser notre tente. Le spectacle que nous offre le ciel dure de longues minutes et nous n’en perdons pas une miette.  

Nous resterons à Hveragerði la journée et la nuit du lendemain. En fin de journée, nous nous attaquons à une autre montagne. Nous partons pour deux petites heures de marche sous les dernières lumières du jour. La montagne est belle. Ses couleurs irréelles et ses fumées sont doucement éclairées par le soleil qui, petit à petit, se cache derrière les sommets que nous essayons d’atteindre. Il fait rapidement froid.  

Après deux heures de montée, nous atteignons la rivière que nous visions. C’est une rivière d’eau chaude. Elle serpente dans la montagne en fumant comme un bon bain. Je mets ma main frigorifiée dans l’eau et la chaleur me pique. Le corps suit et petit à petit s’habitue. Nous restons là un long moment à regarder le soleil se cacher derrière les montagnes. Il ne tardera pas à réapparaître.  

Imagine, nous avions tout prévu. Nous sortons notre bon repas, un copieux plat de pâtes maintenu au chaud dans notre thermos, et passons à table, avachis dans cette eau brûlante. Imagine nous suer à manger chaud dans l’eau chaude. Mais quelle erreur ! J’ai rarement autant rêvé d’une bière fraîche !  

Nous redescendons après minuit. La nuit s’habille d’un gris clair, nul besoin de lampes frontales pour s’attaquer à ces deux heures de marche nocturne. Tant mieux d’ailleurs, nous les avions oublié, comme nous avions oublié les nuits d’encre.  

Seljalandsfoss

Islande en stop Seljalandfoss
Photo : Ingólfur Bjargmundsson
Après un aller-retour express à Reykjavik – je m’étais fait voler une première fois ma batterie externe, indispensable pour le trek qui nous attendait – nous arrivons près de Seljalandsfoss.  

Seljalandsfoss est l’une des cascades les plus célèbres et les plus photogéniques d’Islande. Sa particularité est que l’on peut très facilement passer derrière la chute d’eau pour la photographier depuis la roche qu’elle a creusé. Si tu tapes son nom sur notre ami Google, tu la reconnaîtras sans aucun doute.  

Elle est assez touristique. En même temps, voilà, une si belle cascade juste au bord de la route principale du pays, c’était prévisible. Nous nous sommes amusés, comme tout le monde, à en faire le tour, et sommes – comme tout le monde – ressortis trempés de la tête aux pieds. Avec Léo, nous avons aussi joué à photographier les moutons perchés sur la roche quasi verticale de laquelle s’écoulait Seljalandsfoss.  

Le soir venu, nous avons eu beaucoup de mal à trouver où poser notre tente. Après plusieurs heures de marche, nous avons fini par la planter, tout près d’une route, sur un sol de cailloux humides. De loin notre pire bivouac !  

Le DC-3

Islande en stop avion DC3
Photo : Dirk Dallas
Au petit matin, retour sur la route. Nous voulons rejoindre Vík. La route est belle, gardée par les moutons et les chevaux sous leurs longs poils.  

Nous faisons une halte au milieu de nulle part. Il y a comme un chemin balisé au milieu d’un désert de sable noir. Nous marchons une heure sans que les paysages ne varient autour de nous. Nous sommes sur la lune.  

Nous apercevons une silhouette, comme posée au milieu de ce rien. C’est un avion. Du moins la carcasse d’un avion militaire américain qui s’est crashé ici il y a quelques dizaines d’années. C’était une chose courante en Islande, quelques décennies en arrière, avec plusieurs crashs d’avion par semaine. Celui-ci a pour particularité de n’avoir causé aucune perte. L’avion était destiné à l’océan glacé quand le pilote décide, dans une tentative désespérée, de rejoindre la terre. Pour mourir moins vite. Mais lorsque les deux fermiers qui ont assisté à l’accident depuis la route, sont arrivés – après une heure de marche au milieu de rien, donc – tout le monde était vivant. Le fermier à qui appartenait le terrain a un peu râlé. Qui allait le débarrasser de la carcasse maintenant ? Et elle est restée là… Sauf le cul de l’avion qui a été découpé et emmené chez un autre fermier qui avait, lui, le nez d’une carcasse d’avion dans son jardin (quand je te dis que c’est banal), et qui avait décidé de l’investir pour en faire une maison.  

Nous nous retrouvions donc face à un bout de carcasse d’avion, dans laquelle nous pouvions rentrer et sur laquelle nous pouvions monter. Je pense que c’est là l’une de nos pauses déjeuner les plus insolites ! Quand je reviendrai, je pense que je retournerai voir le DC-3 mais, j’attendrai que la lumière rasante du soleil le traverse, au lever ou au coucher du soleil. J’imagine déjà le spectacle grandiose.  

Vík

Islande en stop Vik
Photo : Alison Tomlin
Nous arrivons à Vík directement sur la plage de sable noir qui fait sa renommée. Aucun doute, elle vaut tous ces éloges. Malgré le monde, c’est – je pense – l’une des plus belles plages du pays. Derrière nous les prés verdoyants, devant nous l’écume blanche de l’océan qui caresse inlassablement un sable noir, sur notre droite une falaise verte couronnée d’un phare et sur notre gauche les orgues basaltiques, œuvre d’art de la nature, sur lesquelles tourbillonnent des dizaines et dizaines de macareux et de mouettes. Nous ne nous attardons pas, la falaise nous tend les bras. Léo a repéré un chemin qui permet de joindre le village de Vík et sa plage à pied. En haut, le site n’est plus une réserve naturelle ; nous chercherons donc à dormir ici.  

Oh et si tu avais vu le magnifique bivouac que l’on s’est trouvé ce soir-là ! À bout de souffle mais tous seuls sur notre falaise, entourés de quelques moutons, avec une vue sur le sable noir de la plage de Vík et sur l’océan. Quand le soleil a éclairé ce tableau de ses lumières du soir, nous nous sommes, une nouvelle fois, demandé si ce n’était pas là le plus beau bivouac que l’on ne pourrait jamais faire.  

Après Vík, nous avons fait le trek du Laugavegur, mais ça, je te le raconterai plus tard. Restons encore un peu dans le Sud de l’Islande.  

Jökulsárlón

Islande en stop Sud Jokulsarlon
Photo : clement127
Nous repassons devant Vík après avoir fait le trek. Mais nous ne nous arrêtons pas. Notre objectif aujourd’hui est d’atteindre le glacier et sa lagune, Jökulsárlón. 

Une longue et belle route nous attend. Nous avons des kilomètres et des kilomètres à parcourir au milieu des champs de lave. Nous partagerons un bout de la route avec une famille de voyageurs français qui font le tour de l’Islande dans leur camping-car. Ils nous laissent au milieu de rien, ils passeront la nuit là. Il commence à être tard. Que faisons-nous ? Dormons-nous ici ou essayons-nous de poursuivre la route jusqu’à Jökulsárlón ? Nous tentons de continuer bien sûr, tu dois commencer à nous connaître. « On se donne une heure ? » Quelques minutes plus tard, nous voici embarqués avec deux californiens qui vont au lac glaciaire.  

De loin, le glacier nous apparaît. C’est impressionnant, tu sais, j’ai vu mon premier glacier il y a quelques jours, mais je ne m’en lasse pas. Il grossit. Nous commençons à deviner les détails sa surface. On se rapproche.  

Excuse-moi d’user de tant de superlatifs, mais là je ne sais pas faire autrement. Jökulsárlón, mon Dieu mais Jökulsárlón ! Nous arrivons lorsque le soleil se couche. Devant nous le glacier rencontre la mer. Des dizaines et des dizaines d’icebergs flottent sur cette eau glacée qui reflète le feu du ciel. Au milieu, les lions de mers jouent. C’est le plus beau paysage qu’il m’ait été donné de voir. C’est le plus beau coucher de soleil que je n’aie jamais vu.  

Nous sommes tous les quatre, nos deux conducteurs californiens, Léo et moi, à courir partout pour ne pas rater une miette spectacle. Léo, vide joyeusement nos gourdes et court les remplir avec l’eau directement du glacier… Oui, c’est à ce moment-là que l’on a découvert que c’était de l’eau de mer. Oups !  

Les californiens poursuivent leur route et nous plantons la tente juste en face du lac. Bon, c’est peut-être lui alors notre plus beau bivouac ? Ah ! L’Islande n’a pas fini de nous surprendre.  

Ce soir, nous ferons notre soupe avec un bout de glacier fondu. Demain, ce sont les fjords de l’Est qui nous attendent.  

 Je t’embrasse. 

Léa

   

PS : J’aurais aimé égayer mon long récit de mes propres photos, mais malheureusement je n’en ai plus : mon sac avec mon téléphone, mon appareil photo et toutes mes cartes mémoire a été volé à notre retour à Bruxelles, à mon grand désespoir… 

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