J’ouvre cette page blanche, j’ai envie de t’écrire une lettre après des mois de silence. Mais ce ne sera pas une lettre sur la Nouvelle-Zélande où je vis et voyage depuis quinze mois déjà. Elle arrivera, promis. Ce sera d’ailleurs à peine une lettre liée au voyage. En fait, aujourd’hui j’ai envie de te parler d’un sujet plus personnel, intime même, mais à la fois politique. J’ai envie de te parler de mon rapport à mon corps et mon travail pour l’accepter et l’aimer. Oui, bon ok, dit comme ça, ça n’a même rien à voir avec le voyage. Mais c’est un processus que j’ai entrepris et qui avance au fur et à mesure de ma route. Je pense que choisir de ne pas avoir un mode de vie classique (ici j’entends sédentaire), m’aide à me libérer, petit à petit, de pas mal d’autres carcans. J’ai donc envie d’apporter mon témoignage.

Pourquoi apprendre à aimer son corps ?

Il y a un peu plus d’un an, je te parlais, à travers une lettre, de ma peur de voir le monde s’effondrer sur ma route et du besoin de sens que cela donnait à mon voyage. De cette réflexion, je concluais que j’avais envie/besoin d’un plus grand engagement militant, ainsi que d’apprendre de nombreuses choses très pratiques pour gagner en résilience. Voilà, j’en étais là, prête à refaire le monde et à me battre pour ce qui me semble juste. C’est toujours d’actualité. Plus j’avance, plus mon voyage est politique. Mais je me suis rendue compte d’une chose : pour être forte dans mon militantisme, j’ai besoin de me renforcer en tant que personne. Les deux ne sont pas incompatibles, je n’ai pas besoin d’attendre d’être 100 % bien dans mes pompes pour m’engager dans une cause. Mais le personnel va permettre de nourrir le collectif et il me semble important de ne pas le négliger pour ne pas m’épuiser et me perdre.

Ces derniers mois ont vu naître de nombreuses remises en question. Je me suis rendue compte que j’étais encore pleine de fissures. Et même si je n’ai pas de soucis avec l’idée d’être vulnérable, j’ai réalisé que j’étais trop fragile et que j’avais besoin de me renforcer. Alors je travaille doucement à combler mes failles. C’est comme ça que j’apprends à être seule. C’est comme ça que j’apprends à lâcher prise. Et c’est comme ça que j’apprends à accepter et aimer mon corps. Aucun de ces parcours n’est achevé et je prendrai sûrement du temps pour te parler des deux autres si ça t’intéresse. Mais aujourd’hui, je veux donc te parler de ce rapport à mon corps.

Je déteste mon corps

Si j’ai besoin d’apprendre à aimer mon corps c’est que je le déteste. Ça paraît peut-être brutal dit comme ça. Mais le réaliser a été une première étape primordiale. Ça paraît peut-être injuste dit comme ça. Je suis en parfaite santé et d’un point de vue très rationnel, je n’ai pas de raison de le détester.

Les raisons de cette haine sont multiples. Sociétales, culturelles et liées à mes expériences personnelles. Mais ce n’est pas le sujet de cette lettre. Je ne suis même pas sûre de bien les comprendre moi-même. Le fait est que, voilà, je déteste mon corps et la première fois que je l’ai formulé tel quel, cela m’a fait un choc. Un déclic. Qu’est-ce que je fais de ça ? J’essaie de le transformer ou j’essaie de l’accepter et de l’aimer ? Et comment on fait pour apprendre à aimer son corps ?

Je te le dis tout de suite, je n’ai pas la réponse. Tu ne lis pas un article de développement personnel, je dois avouer que ce n’est pas tellement mon truc. Je veux juste te partager mon témoignage. Sans injonctions à faire pareil. Surtout pas.

Ce qui me permet d'avancer

Ne plus porter de soutien-gorge. Ça fait tellement longtemps maintenant que ça me paraît absolument normal. Mais ça a été une étape importante à l’époque. Je crois que c’était il y a à peu près six ans. J’étais alors très complexée par ma petite poitrine, souvent sujet de plaisanteries, même dans ma bouche. Je ne me souviens plus de quel a été le déclic. J’ai l’impression d’être passée d’un soutien-gorge à baleine rembourré à plus rien du tout en un clin d’œil. Je ne sais plus t’expliquer le processus, mais je peux te parler de l’effet que ça a eu sur moi. Aujourd’hui je déteste mon corps, sauf mes seins. En les libérant de leur cage, je me suis libérée d’une pression. Ça a été radical. Et aujourd’hui, non seulement je ne les déteste plus mais je les aime. Qui peut se vanter de faire des randonnées sans soutif ? Même courir si c’était mon truc ! La semaine dernière, j’en ai même décoré un avec un piercing et je les aime encore plus.

Ne plus me maquiller. Dans l’une de mes précédentes vies, je ne sortais pas sans maquillage. Comme si j’avais quelque chose à cacher. J’ai enlevé les couches de couleur petit à petit. Jusqu’à ne garder qu’une pointe de mascara ou de rouge à lèvres. Jusqu’à ne me maquiller que de temps en temps. Aujourd’hui, j’apprécie encore parfois mettre de la couleur sur mes lèvres ou souligner mes yeux d’un trait noir. Mais c’est tellement ponctuel que mon rapport au maquillage a complètement changé. C’est passé d’un besoin à une envie. J’ai appris à accepter mon visage sans artifice. Je me suis déshabituée à me voir maquillée, et les autres aussi. Si bien que plus personne ne me dit que j’ai l’air fatiguée quand j’ai le visage nu.

Ne plus m’épiler. C’est une grosse étape que j’ai passée ici, en Nouvelle-Zélande. Je ne dirais pas que ça m’a permis d’aimer mon corps. J’ai encore un peu de mal à trouver ça beau, notamment sur les jambes, je dois bien l’avouer. Par contre, ça m’a appris à le connaître. Je n’avais jamais vu mon corps complètement naturel. Jamais. Ça me paraît tellement dingue de me dire que j’ai attendu d’avoir quasiment 30 ans pour faire connaissance avec ce corps pubère. Être poilue et oser le montrer m’aide également à m’accepter. Parce qu’en affichant ainsi ma pilosité, mon corps porte un message politique. Je suis féministe et ça se voit. Avant même que je ne dise quoi que ce soit. Et même si on n’aborde jamais ce sujet ensemble. Et je suis fière d’afficher ce message. J’avais partagé, sur le compte Instagram de mon second blog, le témoignage de mon premier été poilu. Je te glisse le texte ici :

Me tatouer. Cela peut paraître contradictoire parce que ce n’est plus un processus d’acceptation mais un processus de transformation. Soit. Mais ça m’aide quand même beaucoup. Parce que j’aime mes tatouages, j’aime mon corps tatoué. J’ai décidé, à l’avenir, de tatouer davantage les parties de mon corps que je déteste le plus. Et comme j’ai encore pas mal de projets en tête, je risque d’être bientôt couverte d’encre. Et qui sait, peut-être qu’alors j’aimerais mon corps ?

Je te parle donc de mon rapport à mon corps, ce qui est en soi très intime, mais si tu remarques bien, toutes les étapes qui m’ont permis d’avancer dans mon cheminement personnel ont consisté à me défaire de l’une ou l’autre des normes sociétales de la féminité. Et c’est en ça que c’est aussi politique. Et c’est pour ça que je souhaitais le partager avec toi.

Si je te raconte tout ça aujourd’hui, ce n’est vraiment pas pour te dire qu’il faut que tu fasses la même chose que moi. Le message que je veux faire passer est vraiment qu’il est important de prendre soin de tes failles, quelles qu’elles soient, de te renforcer en tant que personne si ça t’est nécessaire, parce qu’on a besoin d’être fortes et forts pour affronter le monde tel qu’il est et peut-être même espérer le changer, soyons fous !

 

Alors je te souhaite de t’accepter, de t’aimer et de te battre pour un monde meilleur.

Et si tu le souhaites, sens-toi libre de partager un témoignage ici.

 

Je t’embrasse.

Léa

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Cet article a 8 commentaires

  1. L0vely_claire

    Merci d’avoir partagé ça avec nous. On a tous un rapport à son corps différent, j’ai jamais beaucoup aimé le mien, que je sois plus mince ou plus grosse comme en ce moment. Je suis féministe, j’aime me maquiller mais depuis toujours je le fais par envie et pas parce qu’il le faut, les poils vaste débat, si je suis moins à cheval que par le passé au niveau des jambes surtout, disons que si j’ai une petite repousse de 2, 3,4 jours et que je dois aller à la plage en été, je ne cours pas me raser mais je ne me sentirai pas de sortir avec mes jambes poilues et nues (comme actuellement, pas rasées depuis 3-4 semaines), j’ai les poils noirs alors ils se voient… J’ai assez de mes bras poilus J’ai conscience que si je vivais dans un pays où les femmes (et hommes) ne s’épilent pas, je n’aurai aucun mal à le faire, enfin je pense puisqu’on serait tout.e.s dans le même bateau mais en France… Je n’ai pas envie de subir les regards déplacés qui pourraient avoir lieu en plus de tout le reste. Je ne porte plus de soutiens gorge depuis presque 3 ans je crois, je ne sais plus comment j’ai commencé, seulement que je trouve ça plus confortable sans, par contre si je dois faire du sport (c’est hyper rare) je mets une brassière car je trouve que ça fait mal, mais je n’y ai pas vu un acte de féminisme pour ma part. Je ne crois pas avoir reçu de remarques désobligeante à ce sujet, je n’ai pas une grosse poitrine non plus, je pense que ça aide également.

    1. Léa

      Salut Claire,
      Merci beaucoup d’avoir partagé ton témoignage ici.
      Je pense comme toi, qu’être en France n’aide pas forcément à assumer sa pilosité. Je ne suis pas certaine d’avoir pu le faire si j’y étais encore. En Nouvelle-Zélande, c’est tellement relax, que c’est plus facile je pense. Tout le monde s’en fout, donc une fois qu’on a dépassé ses propres appréhensions, le travail est fait !
      J’espère que tout ça évoluera avec le temps !

  2. Céline

    Cette réflexion est vraiment intéressante. En te lisant j’ai pris le temps de réfléchir à ma relation au corps. En voyage, surtout sportif, je n’y pense pas vraiment. Je n’essaie ni de l’embellir ni de le cacher sous des artifices. Je le protège et le soigne quand il en a besoin. Là, je fais le tour de la Corse en kayak. Quand je vais en ville, je garde ma tenue de kayakiste, des vêtements bons pour la poubelle, usés par le sel. Je marche sans soutien-gorge, sentant ma poitrine se balancer au rythme de mes pas. Mes cheveux sont sales et ma peau tannée par le soleil, mais je me sens bien. J’aime ce corps qui me permet de vivre mes rêves, de partir à l’aventure et d’avancer. Me balader dans me soucier de mon apparence est aussi en quelque sorte politique. J’avance contre certains diktats. (J’imagine que le fait de ne pas voir mon reflet pendant plusieurs jours d’affilés m’aide aussi à ne pas le juger.) Quand je peux me doucher, je prends plaisir à détacher mes cheveux, mettre une jupe et me maquiller. Un peu. Je prends plaisir à me faire plaisir en portant des vêtements que j’aime même si les chaussures de rando font tâche. Je prends plaisir à chérir ce corps si utile malgré ses failles et ses défaillances.

    J’espère que tu réussiras à combler tes failles, à ton rythme.

    1. Léa

      Merci pour ton témoignage Céline.
      J’ai l’impression que le voyage en général, et surtout sportif comme les tiens, aide beaucoup à un lâché prise à ce sujet. Et puis c’est fou tout ce qu’on peut faire et tous les endroits qu’on peut atteindre avec son corps ! Rien que ça, c’est une bonne raison de l’aimer. Conclusion, j’ai plus qu’à me mettre au kayak !

  3. Wendy

    Hello Léa,
    Je te suivais pour les notes de voyage et de cuisine, je suis restée pour l’engagement 😀
    Merci d’avoir écrit ce texte et d’avoir partagé ta réflexion ici. Je trouve que ce n’est pas facile !
    Ici aussi, j’ai eu des gros problèmes avec l’image de mon corps, depuis l’adolescence (bien bien bien nourris par des réflexions quotidiennes de la famille). Au final à quasi 30 piges, je me reconnais beaucoup dans la méthode « tatouages »; depuis que j’ai passé le cap du gros tattoo sur la cuisse, bah je trouve ça pas mal, alors qu’avant c’était quelque chose que je n’assumait pas du tout et que je ne pouvais pas voir en peinture. Les tatouages m’ont aussi largement aidée à passer le cap du soutif (je n’en portais pas lors de la cicatrisation, épaule, puis côtes), et… bah je n’en ai jamais remis ahah.

    1. Léa

      Salut Wendy,
      Merci beaucoup pour ton témoignage et pour tes mots qui me touchent beaucoup !
      Hahaha j’adore la méthode tatouage pour passer au no-bra ! Contente que ça marche pour toi aussi. 🙂

  4. Je n’avais pas encore pris le temps de lire cette fabuleuse lettre, Léa ; je savais pourtant que j’y trouverai une nouvelle pépite et ça n’a pas raté !
    Je trouve ton point de vue extrêmement sain et inspirant ; tes étapes correspondent à ce que tu vis et ressens et cela donne quelques pistes à explorer (ou pas) selon nos propres envies, besoins et relation à notre corps. Même si je n’ai pas traversé les mêmes, je suis pour que chacun.e découvre la meilleure façon d’aimer son corps et d’en faire le temple qui nous permettra d’avancer au plus proche de ce que nous sommes à l’intérieur. Comme toi, j’apprécie tellement le fait de ne plus me maquiller, de me tatouer, de (ne pas) porter les vêtements que je veux…

    Merci pour ton engagement et tes mots.
    Belle continuation !

    1. Léa

      Merci pour ton message tout plein de bienveillance Jul’ !

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