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Islande en stop Bruarfoss
À toi, notre premier conducteur,  

Reykjavík est derrière nous. Notre pouce se tend pour la première fois au bord d’une route islandaise. « L’été prochain, j’aimerais faire le tour de l’Islande en stop. » annonçai-je timidement à un certain Léo que je venais de rencontrer à Athènes. « Tu voudras te joindre à moi ? ».  

Nos deux pouces tendus et déjà ton 4×4 s’arrête. Tu es islandais, tu vas à la pêche et comme quasiment tous les islandais que nous avons rencontrés, je suis incapable de répéter ton nom après que tu te sois présenté à nous… Ton 4×4 s’arrête et écrase notre premier a priori sur ce voyage. Il n’aura pas fait long feu. Non, nous n’allons pas être pris que par des touristes. Loin de là.  

Tu es la première voiture dans laquelle nous montons en Islande. Quarante succéderont. La quarante-et-unième sera un 4×4 conduit par un pêcheur islandais. La boucle est bouclée et je viens aujourd’hui te conter cette belle aventure dont tu as été le point de départ.  

Þingvellir

Islande en stop Thingvellir
Photo : Axel Kristinsson
Reykjavík est derrière nous mais nous n’allons pas très loin aujourd’hui.  

Þingvellir. Lieu emblématique de ton pays ; à l’Ouest l’Amérique, à l’Est l’Europe. Nous sommes dans la faille, entre deux continents. Partout autour de nous, la roche se fend douloureusement, laissant de profondes blessures dans lesquelles nous pouvons marcher, encadrés par deux hauts murs. C’est là que nous monterons la tente pour notre premier bivouac. Là, entre deux continents, abrités des regards par la roche mutilée.  

Une rivière coule à proximité et pour la première fois, nous remplissons nos gourdes de son eau. Nous ne boirons quasiment que ça, de l’eau des rivières. Mais la première gorgée à ce goût magique des premières fois.  

Nous laissons la tente et partons marcher. C’est dans cette faille que se trouve le plus vieux parlement du monde. Imagine ici, un viking – ton ancêtre – perché en haut d’une paroi rocheuse, annonçant les condamnations et attributions des terres. Sa voix fait écho contre la paroi en face pour que tous les citoyens présents dans ce théâtre naturel puissent entendre clairement.  

Vingt-trois heures passées, nous sommes de retour dans notre faille et le ciel s’enflamme. La lumière dorée est maintenant rose. Léo et moi sortons de la tente en urgence. Pieds nus, la brosse à dents encore dans la bouche, nous courrons dans tous les sens. Vite, j’escalade ces rochers. Être plus haut pour voir plus loin ce spectacle que nous offre le ciel islandais pour nous accueillir. Les montagnes là-bas sont maintenant baignées dans le rose du ciel. J’attrape mon téléobjectif pour immortaliser les couleurs irréelles de ces sommets lointains. J’aime déjà ton pays.  

Geysir

Islande en stop Geysir
Photo : Shaun Versey
Nous reprenons la route et les paysages se mettent petit à petit à fumer. Nous arrivons à Geysir. C’est ce lieu qui a donné son nom à tous les geysers du monde. Geysir lui-même dort depuis des années. À ses côtés, Strokkur explose toutes les cinq à dix minutes au cœur de son cercle d’admirateurs.  

L’eau s’agite. Bouillonne. Et une bulle géante d’un bleu clair et laiteux se forme. C’est trop à contenir, le geyser explose et projette son eau bouillante à plusieurs mètres de hauteur, déclenchant une série de cris enthousiastes. Nous restons là, à observer ce curieux phénomène géologique pendant une dizaine d’explosions. Sous nos pieds nous devinons les entrailles de la Terre qui s’agitent. Nous partons observer la puissance de la nature, plus loin. 

Gullfoss

Islande en stop Gullfoss
Photo : fberndt
Dernier des trois points d’intérêt touristiques qui forment le cercle d’or. D’abord, nous l’entendons. Gullfoss gronde. Nous nous approchons et apercevons la brume scintillante qui enveloppe cette cascade géante. Dans le nuage de gouttelettes apparaissent des arc-en-ciel. Ce sont eux qui ont donné son nom aux chutes d’or.  

Comment te dire ? Même après avoir fait le tour de ton beau pays, Gullfoss reste la cascade la plus impressionnante qu’il m’ait été donné de voir. La puissance de ces tonnes d’eau qui s’écrase en d’innommables fracas plusieurs mètres plus bas, la largeur du canyon creusé par cette eau déchaînée, le bruit étourdissant… La toute puissance de la nature ne peut que laisser chaque minuscule spectateur bouche bée.  

Brùarfoss

Islande en stop Bruarfoss
Photo : Andrés Nieto Porras
Je suggère, non-innocemment, de rebrousser chemin. Direction Brùarfoss, une cascade que nous avions repérée entre Geysir et Þingvellir. C’est dans un van loué par une bande d’amis russes que nous faisons le trajet. Après quelques hésitations, ils décident de nous suivre. Ce sera la dernière cascade de leur voyage. Nous marchons tous ensemble le long d’un petit sentier, parfois presque invisible. Sur notre trajet, la rivière nous offre déjà deux belles cascades. Après près d’une heure, nous arrivons en face d’elle, Brùarfoss.  

C’est une cascade née d’une faille. La connais-tu ? La rivière suit tranquillement son court jusqu’à ce que son fond se sépare brutalement en deux. L’eau s’engouffre à l’intérieur dans un remous bleu ciel. J’observe, fascinée. Léo m’appelle. Juste à côté de la cascade, un carré d’herbe fraîche, au bord de la rivière, caché par quelques arbustes. Nous dormirons là, bercés par la musique de l’eau qui court.  

Nous souhaitons bon vent à nos amis russes et nous profitons de cette cascade, pour nous seuls. Ce soir encore, le ciel nous offre un spectacle incroyable. Nous admirons longuement l’or du ciel plonger sans retenue dans le bleu de Brùarfoss.  

Je te raconte la suite rapidement.  

Je t’embrasse.

Léa

 

PS : J’aurais aimé égayer mon long récit de mes propres photos, mais malheureusement je n’en ai plus : mon sac avec mon téléphone, mon appareil photo et toutes mes cartes mémoire a été volé à notre retour à Bruxelles, à mon grand désespoir…  

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Cet article a 4 commentaires

  1. Console-toi un peu, ton récit est tellement imagé et attirant, que l’on peut rêver les photos que ce C… de voleur t’a piquées !! Mais je comprends d’autant plus ta profonde déception, bien sûr !! Merci pour ce beau texte et gros bisous à vous deux.
    Mamie Anne.

  2. Bonsoir Léa,
    dommage pour les photos, mais l’Islande est dans ta tête et dans ton cœur.
    Et puis, tu y retourneras certainement maintenant que tu es atteinte d’Islandite aigüe©

    Vivement la suite de tes aventures, j’aime la façon dont c’est rédigé.

    1. Merci beaucoup ! (: Oui, c’est certain que j’y retournerai très rapidement. Je veux découvrir tous ces paysages au fil des saisons. (: Je crois que c’est contagieux. 😉

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