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Cher Samsaï,

J’ai quitté Chiang Rai avec le bus de 6h ce matin, suis arrivée à Chiang Khong, deux heures et demi plus tard, ai traversé la frontière entre la Thaïlande et le Laos on ne peut plus facilement et me voici désormais à Huay Xai, au Laos, prête à embarquer dans le bateau lent de 11h30 vers Pakbeng et Luang Prabang.

C’est sûrement difficile à comprendre pour toi, mais ça m’a fait un drôle d’effet de voir le Mékong pour la première fois. Ce fleuve coule dans les récits des voyageurs depuis toujours. Et j’étais devant lui, sur le point d’embarquer pour deux jours sur ses eaux brunes.

Nous sommes placés à côté. Tandis que le long bateau de bois entame lentement son chemin, nous tentons de faire connaissance. Tu t’appelles Samsaï. En comptant tes doigts, je comprends que tu as vingt-huit ans. Tu me montres une photo de deux fillettes souriantes. Tu es papa de jumelles, elles ont deux ans. Tu sembles ne pas connaître la France. J’ai envie de te poser mille questions que je tairais dans des sourires, faute de mots que tu puisses comprendre.

Les paysages défilent autour du fleuve. Lentement. Je suis subjuguée. Tu es contemplatif, toi aussi. Il est beau ton pays. Sur les deux rives du Mékong, la jungle. Elle est verte, elle est épaisse. De temps à autre, un minuscule village fait de maisons sur pilotis en bois émerge de l’immensité verte. Il n’est relié au reste du monde que par le Mékong. Les hommes se déplacent et travaillent sur de longues pirogues, les femmes lavent le linge dans les eaux du fleuve et les enfants y pataugent gaiement. Toute la vie tourne autour du Mékong ; toute vie ici n’est possible que grâce à lui.

Après six heures de navigation, tu fais signe au bateau de s’arrêter et tu descends. J’ai un pincement au cœur de te voir partir. Nos vies sont tellement différentes. Là où je ne vois qu’un fleuve et la jungle, identiques depuis des heures, tu vois chez toi. Quelqu’un t’attend et t’embarque sur une pirogue pour je ne sais où. Adieu Samsaï.

Je me retrouve seule avec les bruyants backpackers qui ont passé leur journée à picoler. Quasiment tous les laos sont descendus comme toi au fil du fleuve.

Nous arrivons à Pakbeng, à la moitié du parcours, et débarquons tous dans le petit village. Je partage une chambre et un repas avec Sandra. Je l’avais repérée avant qu’elle ne m’aborde. Elle faisait partie des rares voyageurs à ne pas participer à la beuverie du bateau. Elle est française et voyage depuis trois mois en Asie.

Le lendemain matin, nous embarquons à 9h pour une nouvelle journée sur les eaux opaques du Mékong. C’est un nouveau bateau qui nous attend. Les sièges de voiture de la veille ont laissé place à des tables et des bancs en bois où nous nous installons à quatre. Je passerai la journée aux côtés de Sandra, Sébastien qui est allemand et Selma qui est hollandaise.

Au fond du bateau, les bières coulent depuis le matin et la musique commerciale occidentale bat son plein. Ça fait tache dans le paysage. Non, décidément, je ne veux rien avoir à faire avec ces voyageurs-là. Je fais abstraction.

Les paysages sont de plus en plus beaux tandis que les montagnes poussent au milieu de la jungle, venant accrocher les nuages. Je ne m’ennuie pas une seconde dans ma contemplation. Le temps file à toute vitesse et nous arrivons à Luang Prabang en fin d’après-midi.

C’était si bon de passer ces deux jours à ne faire que contempler des paysages magnifiques. C’est reposant cette lenteur. Et c’est tellement différent de ma vie quotidienne. Tu sais, je passe mon temps à courir et à culpabiliser quand je ne vais pas assez vite. Le temps est un luxe souvent inaccessible pour nous. Et cette parenthèse sur le Mékong n’a fait que me confirmer sa valeur. Je ne sais pas quels peuvent être tes rêves mais le mien doit ressembler à ça. Ralentir.

Je t’embrasse.

Léa

Ma carte postale vidéo du Laos

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Cet article a 2 commentaires

  1. Ce texte fait rêver, et en même temps il donne à réfléchir sur le rythme de vie que nous menons. Merci pour ce partage ! Le Laos sera très certainement notre première destination pour notre tour d’Asie en famille

    1. Merci Caroline ! Je pense que le nomadisme est une partie de la réponse pour vous comme pour moi. 🙂 Profitez bien de votre tour en Asie !

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