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Lever de soleil Athènes

Léo,

J’aurais souhaité rester encore et encore à Athènes, avec toi. Ou voyager et continuer à vivre au rythme du mouvement du soleil, avec toi. Avec toi, quoi.

Les au revoir me pèsent. J’ai un sale goût d’inachevé qui me reste. Tu vas me manquer. Tout chez toi me manque déjà : ton sourire, ton rire, ta douceur, ta joie de vivre, tes histoires, ton regard, ton accent en anglais, tes boucles, ton sens de l’orientation, etc. Mais est-ce raisonnable de te le dire ? Une semaine auparavant, tu ne faisais pas partie de ma vie. Aujourd’hui, j’ai du mal à imaginer ne plus jamais te revoir. Jamais. Aïe, il m’écorche ce mot. Je veux le bannir de mon vocabulaire.

Je ne sais pas si c’est l’éphémère de la relation qui rend tout précieux, le contexte du voyage qui rend tout magique, le retour plein de soucis qui contraste, simplement toi ou un peu de tout ça à la fois… Mais le fait est que tu m’as profondément marquée. Du jour au lendemain tu existes ; et tu es devenu important.

En écrivant ces mots – que j’aurais été bien incapable de te dire en face – je n’ose pas imaginer ta réaction. Je me mets à nue et je ferme les yeux pour pouvoir continuer à l’être. Après tout, je n’ai rien à perdre.

C’est vrai que nous n’avons pas parlé de ça. Pourquoi mettre des mots sur une relation qui a une date de péremption ?

C’est plutôt ridicule, mais plusieurs fois j’ai eu en tête la chanson d’Aerosmith, que je n’ai pourtant pas écoutée depuis le lycée. « I don’t want to close my eyes. I don’t want to fall asleep, ’cause I miss you baby, and I don’t want to miss a thing. » C’est drôle comme je me retrouvais naturellement dans les paroles : je n’ai jamais eu si peu envie de dormir et autant envie de profiter de chaque minute, en anticipation du manque immanquable. Bon et puis finalement, ça fait relativiser la distance : la Guadeloupe c’est quand même moins loin que l’espace !

Quoi qu’il en soit, quand je penserai à Athènes et à la Grèce en général, j’aurai en tête cette image du lever de soleil dans tes bras. C’est un souvenir indélébile. Nous rentrons à l’auberge, après une très bonne soirée, pour accompagner notre camarade japonais (dont j’ai mangé le nom, pardon), et tu me proposes d’aller voir le lever du soleil sur la colline près de l’Acropole. Évidemment que j’accepte. Nous y grimpons et nous attendons le spectacle. Splendide. La ville dort, la lumière est d’or et réveille en douceur des millénaires d’Histoire. C’est incroyable. Nous sommes seuls au monde.

Je nous revois là, mal installés sur ces rochers, frigorifiés par le vent, un bras chacun dans une manche de ma veste et ma jupe autour de nos deux cous en guise d’écharpe, à boire ce mauvais vin liquoreux directement à la bouteille. Je te revois caresser délicatement mon pied pour essayer de le réchauffer, alors que tu avais toi-même les mains glacées. Chaque contact, à ce stade-là d’une relation, a un goût particulier. Est-ce fait exprès ? Est-ce que je te plais ? Le doute persistera jusqu’à que tu m’embrasses, plusieurs heures après ce lever de soleil.

Je me souviens également d’une anecdote : j’avais une envie phénoménale de faire pipi. Mais je retardais autant que possible le moment d’y aller. J’avais peur de précipiter la fin de ce moment magique. C’est comme si mon corps essayait à tout prix de me ramener à la réalité. Une réalité basique et triste : tu as des besoins primaires et cette relation est déjà bientôt finie. Merde.

Au final, nous aurons vu le soleil se lever trois fois sur cette colline et une fois sur la plage. Peut-être que toi aussi, finalement, tu avais envie de profiter au maximum du moment présent.

Voilà. Maintenant tu as un bouquet de fleurs bleues à tes pieds. Je te laisse les ramasser et en faire ce que tu veux. Moi je vais aller me cacher pour me rhabiller, je commence à frissonner à force d’être nue ici.

Quoi qu’il en soit, ce fut une semaine courte mais merveilleuse. Un aparté heureux, offert par le destin, farceur, qui a caché ma carte d’identité le temps de me faire rater l’avion et de te rencontrer.

Ces rencontres éphémères font parties intégrantes du voyage. C’est beau, ça remue dedans, mais les au revoir sont difficiles. Je n’ai pas envie que ce soit déjà fini.

À un de ces jours.

Je t’embrasse.

Léa

 

ÉDIT : La suite de l’histoire de une seconde lettre.

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Cet article a 5 commentaires

  1. Il est minuit en Grèce, enfermé dans mon sarcophage je souris comme un nigaud.

    C’est une belle lettre que tu m’écris, je la relis encore et encore avec délectation, me rappelant chaque instant passé avec toi à Athènes.

    Depuis cette fameuse course à l’épicerie du coin où je me sens bien bête, jusqu’au jour du départ ou j’aimerais pouvoir rester dans le bus avec toi.

    Le plaisir que j’ai de pouvoir découvrir la ville à tes côtés, tout en sachant que trop vite arriveront par bateau cette colo et son moniteur. Te faire sourire te faire rire, je n’ai plus que ça en tête et tout retarder jusqu’au moment fatidique.

    Mais voilà tu l’as pris cet avion, il le fallait et de mon côté je poursuis ma route. J’ignore toujours la suite de mon voyage, pourtant je sais qu’il repassera près de toi.

    Il est tard maintenant, je m’endormirai en songeant que moi aussi, il me faudrait oublier mes papiers avant de retraverser l’Atlantique

    Comme de coutume je t’embrasse, trois fois.

    Léo

  2. PS: Sincère condoléances à la famille du pauvre Hiroaki, dévoré dans un échange épistolaire

  3. j’avais adoré Athènes que j’ai visité avec ma classe de 6ème. Malgré le temps qui a passé, c’est toujours un souvenir magique!

  4. Je découvre cet article grâce à ta participation à celui de tour-monde et c’est une bien belle histoire… <3

    1. Merci ! (: J’espère en avoir plein d’autres à te raconter. 😉

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