Cher voyageur,

 

Dans sa lettre, Léo t’avait laissé dans les montagnes, au Nord du Pakistan. Les voyageurs qui s’aventurent dans le pays viennent souvent pour ses sommets, sans aucun doute parmi les plus beaux du monde. Mais le Pakistan a bien d’autres trésors à te faire découvrir. Je t’emmène donc plus au Sud, dans la région du Pendjab, puis à Karachi, au bord de la mer d’Arabie.

Lahore

Comment ne pas te parler de Lahore ? À quelques kilomètres de la frontière indienne, la ville nous a offert nos premières images du Pakistan ainsi que nos derniers souvenirs du pays. Au total, nous aurons passé près de deux semaines à Lahore, repoussant à chaque fois un peu notre départ pour rester avec les amis que nous y avons rencontré.

Les nuits soufies de Lahore

À Lahore, nous avons pu participer à une nuit soufie. Le soufisme, c’est la branche mystique de l’islam. As-tu déjà vu des images des derviches tourneurs en Turquie ? C’est du soufisme. Par les chants, par la musique, par la danse, les hommes se mettent en transe pour se rapprocher de Dieu. C’est très impressionnant à voir. Au Pakistan, le soufisme est un peu différent. Pas de derviches tourneurs mais des hommes qui se regroupent pour faire de la musique et pour danser, comme possédés. Quel privilège nous avons eu de pouvoir y assister ! Cher voyageur, si toi aussi tu veux assister à une nuit soufie, je vais te donner le conseil que l’on m’a donné : essaie d’y aller avec un local pour t’accompagner (ça tombe bien, le couchsurfing fonctionne merveilleusement bien au Pakistan). Sinon, c’est tous les jeudis soirs à Shah Jamal.

La cérémonie de Wagha border

Également, je te conseille d’aller faire un tour à la frontière, Wagha border, pour assister à la cérémonie de fermeture. C’est vraiment quelque chose. Les Pakistanais viennent de tout le pays pour y assister. Aux alentours de 16h (l’horaire change en fonction de l’heure du coucher du soleil), tous les jours, les soldats indiens et les soldats pakistanais s’affrontent dans des parades et danses avant de fermer le grand portail qui sépare les deux pays. Une sorte d’ode à leur fraternité et un rappel de leurs rivalités. Les frères ennemis.

La vieille ville et les mosquées Badshahi et Wazir Khan

Mais ce que j’ai préféré à Lahore, c’est de me perdre dans les petites rues bondées de la vieille ville. J’aime tant ces ambiances de chaos coloré, de foule bruyante navigant entre les marchands de trésors, j’aime m’y balader sans but, des heures durant, la bouche pleine de street food ou de jus fraîchement pressé.

Et dans la vieille ville, deux mosquées sont particulièrement remarquables : la mosquée Badshahi et son architecture moghole qui rappelle le Taj Mahal mais toute en grés rouge et la mosquée Wazir Khan avec ses incroyables mosaïques colorées.

Multan

Nous sommes arrivés en stop à Multan depuis Islamabad. On nous avait dit qu’il était compliqué de voyager à Multan, qu’il fallait loger dans des hôtels conventionnés, que l’on risquait de se faire virer de la ville si nous n’avions pas d’escorte policière… La ville s’est sans doute un peu ouverte puisqu’elle ne nous a pas semblé si hostile que ça. Il est vrai que l’on nous a (lourdement) proposé une escorte pour nous balader dans le bazar (mais quelle idée !), mais nous avons réussi à décliner après quelques négociations et un chaï. Nous avons donc pu nous balader librement dans le joli bazar coloré de la vieille ville et quel bonheur ! Les gens que nous croisions étaient vraiment adorables. Les femmes venaient me serrer la main tandis que les hommes demandaient des selfies. Mes yeux accrochaient à toutes les jolies robes colorées et brodées.

C’est à Multan que nous avons fait ce qui est sans doute la plus belle rencontre de ce voyage. Je te l’avais racontée dans une carte postale :

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Aujourd'hui, je voudrais te parler de ce jeune homme de 14 ans, Hassnain, et de ses parents, Raswan et Raswana (nous avons tous bien ri quand nous leur avons dit que nous étions Léo et Léa). Nous les avons croisés dans la rue et après quelques échanges, ils nous ont proposé de les suivre jusqu'à chez eux pour rencontrer le reste de la famille. Nous y sommes finalement restés des heures. Raswan et Raswana sont sans doute le couple le plus atypique du Pakistan. Ils naviguent à contre courant et entraînent pas mal de monde avec eux. Déjà, leur mariage est issu d'une belle histoire d'amour (chose encore assez rare au Pakistan où les mariages arrangés sont monnaie courante). Raswan s'est même fait tatouer son amour sur le torse et est ainsi le premier pakistanais tatoué que nous rencontrons. Il est athée. Enfin il nous dit que sa religion c'est l'humain, que sa religion c'est aider. Qu'au lieu d'aller à la mosquée, il va voir ses voisins. Et quand il va les voir, il leur demande une petite contribution (l'équivalent de 50 centimes par mois) avec laquelle il a éclairé tout son quartier grâce à des lampes à led, mis des poubelles et organiser un ramassage des ordures (c'est dingue comme on voit la différence directement !), offre des denrées alimentaires et des repas à toutes les personnes pauvres, tout en prenant à cœur de mélanger les musulmans, les hindous, les sikhs et les chrétiens ! Nous avons eu l'occasion de faire le tour de la vieille ville avec lui et ça nous a pris des heures ! Nous avons été présentés à toutes les personnes qui soutiennent ces projets et il y en a beaucoup beaucoup ! Ah et il est végétarien ! Ce qui est complètement incroyable au Pakistan où il y a de la viande à tous les repas ! Hassnain, lui, parle déjà cinq langues à 14 ans et est tout aussi brillant qu'ambitieux. Il aide ses parents dans toutes leurs missions et s'engage dans la même voie. Bref, une belle rencontre, beaucoup d'inspiration, et la confirmation qu'il faut toujours suivre les inconnus dans la rue ! Je t'embrasse. Léa

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Bahawalpur

De Multan, nous avons poursuivi notre route en stop jusqu’à Bahawalpur où nous avons été hébergés dans une jolie maison à la campagne (la maison était pour nous seuls… plutôt confortable le couchsurfing au Pakistan !).

Le programme est toujours le même pour découvrir une nouvelle ville : se perdre dans les rues et la foule de son centre. Et comme à Multan, l’accueil qui nous a été fait par les gens que nous avons croisé est juste extraordinaire !

Le fort Derawar

De Bahawalpur, nous ne sommes pas très loin du désert du Cholistan. Et, chanceux que nous sommes, notre hôte a pu nous organiser une journée dans le désert grâce au 4×4 d’un ami qui était en congés dans sa famille à Bahawalpur. Tout s’est décidé à la dernière minute, un lundi matin, nous offrant une énième preuve de la générosité et de l’hospitalité hors normes des pakistanais. Nous sommes donc partis, direction le désert !

Sur la route, Nouman nous expliquait que les conditions de vie des habitants d’ici s’étaient grandement améliorées grâce à l’avancée de la route dans les étendues poussiéreuses. L’isolement n’est plus si définitif.

Au loin se dessine une silhouette. Il paraît que l’on peut la voir à des dizaines de kilomètres à la ronde. Le fort Derawar. Lorsque l’on s’en approche, le désert prend vie. Des chameaux et des hommes sur des petites motos sont tout autour de ce château de sable géant. Du sable du désert sortent 40 bastions. Immenses. Finement sculptés. Debout depuis des siècles. Magnifiques.

À l’intérieur, nous découvrons les vestiges de toute une ville qui s’organisait sur plusieurs étages. De belles demeures pour les dirigeants, des logements pour les travailleurs, une mosquée, des commerces et même un funiculaire ! J’ai adoré me balader dans ces ruines à essayer d’imaginer ce que pouvait être la vie ici il y a quelques siècles. Tu imagines ? Cette petite ville fortifiée en plein milieu d’un désert hostile, à la fois isolée et pleine de vie. J’imagine des foules colorées et bruyantes, un bazar où l’on vend des épices pour parfumer la savoureuse cuisine, des enfants qui jouent partout…

Il fait si chaud. Et dire que nous avions les pieds dans la neige pieds dans la neige il y a quelques semaines à peine !

Karachi

De Bahawalpur, nous prenons le seul train de tout notre voyage : un train de nuit pour aller à Karachi, tout au Sud du Pakistan, eu bord de la mer d’Arabie.

Je n’ai pas tant à te dire de Karachi où nous sommes pourtant restés deux semaines. Nous nous sommes installés pour travailler un peu et il fait bon vivre à Karachi. La météo est douce en hiver, on y trouve de la bonne nourriture. Nous y avons aussi fait de belles rencontres, des amis d’un temps avec qui l’on sort boire des chaï à la nuit tombée.

Je n’ai pas aimé me balader sur la plage. Celle-ci est absolument recouverte de déchets et sent le délicat parfum des égouts qui se déversent directement dans la mer. Sur la plage, les charmeurs de cobras, les dresseurs de chameaux et les loueurs de buggies se battent pour notre attention (et nos petits sous). Je ne peux m’empêcher de me demander si c’est la direction que prend le Pakistan dans son ouverture au tourisme. Je ne lui souhaite pas. Il y a tellement d’autres façons de créer du tourisme respectueux des habitants, humais ou non, et de l’environnement.

Voilà donc pour Karachi. Nous aurions souhaité louer des petites motos pour nous balader, suivre la côte, aller jusqu’au parc national de Hingol qui a l’air juste à couper le souffle, mais ce n’est pas encore possible. Ni la location de moto, ni la balade dans le Balouchistan sans escorte. Tant pis. Il ne nous reste plus qu’à espérer que le pays continuera son ouverture progressive et que nous pourrons visiter un peu plus du Sud lors de notre prochain voyage dans ce beau pays. Parce qu’après tout, le Pakistan est sur le chemin entre la Nouvelle-Zélande et la France, nous reviendrons donc !

Je t’embrasse.

Léa

PS : Cher voyageur, si tu veux quelques infos pratiques sur le voyage au Pakistan, je t’invite à aller lire les réponses aux questions fréquentes que nous avons glissé à la fin de la lettre sur le Nord du pays. Comment obtenir son visa ? Est-ce dangereux ? Quand y aller ? Comment se déplacer ? etc. Et si tu as encore des questions, je serais bien sûr ravie d’y répondre, donc n’hésite pas à laisser un commentaire ou à m’écrire

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Cet article a 2 commentaires

  1. Claire Mouton

    J’adore ! Quel beau voyage ! Moi qui n’étais pas très ouverte a priori au Pakistan, tu m’as donné envie de rencontrer ces Pakistanais si heureux de vous voir, si généreux et accueillants !

    1. Léa

      Ils seraient comme des dingues de te voir débarquer sur ta belle moto !

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