Blog voyage épistolaire

Je t’écris cette lettre pour te parler d’un sujet qui m’obsède depuis un moment : l’effondrement. Je passe beaucoup de temps à lire et écouter parler des scientifiques à ce sujet et j’ai la conviction intime que je connaitrai l’effondrement de notre société de mon vivant, que c’est inévitable et que ça peut arriver très très vite.

Cette lettre ne t’expliquera pas le pourquoi du comment un effondrement ou une succession d’effondrements peuvent avoir lieu dans les années à venir. Mais si tu n’es pas familier avec cette notion, je t’invite vraiment à te renseigner. Il me semble primordial de savoir, de comprendre et de te préparer à un changement de vie radical. Pour ce faire, je peux te conseiller le livre « Comment tout peut s’effondrer » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, la web série « Next » de Clément Montfort ou encore le podcast « Présages » d’Alexia Soyeux. Entre autres. Si tu t’intéresses au sujet, tu te rendras vite compte qu’il y a beaucoup de choses passionnantes qui ont été écrites et dites.

Non, si je t’écris cette lettre, c’est que j’ai tout simplement besoin d’en parler, de partager mes questionnements, mes doutes, mes peurs. Et, si tu le veux bien, d’en discuter avec toi.

Avec une perspective d’effondrement imminent, tout change. Petit à petit, je fais le deuil du futur que je m’imaginais, serein et heureux. Simple comme tout ce que j’avais connu jusqu’ici. J’ai peur d’avoir faim, j’ai peur de la violence, j’ai peur de la souffrance de ceux que j’aime.

J’ai peur. C’est une sensation nouvelle. Je fais partie des privilégiés de ce monde. J’en suis consciente ; d’autant plus en voyageant. Et je ne connaissais pas cette peur de la faim, ce sentiment de vulnérabilité et cette urgence à vivre. Et encore, ça reste abstrait. J’ai peur de quelque chose que je ne connais pas encore, que je peine à imaginer.

Effondrement et vie nomade : mes doutes et regrets

Comme tu le sais, je suis désormais nomade. Je me suis engagée il y a quelques mois à peine dans un voyage qui durera plusieurs années. Et je remets déjà beaucoup de choses en question.

Je culpabilise de ne pas être sédentaire pour pouvoir m’engager politiquement avec un collectif ou une association. C’est là que ça bouge et je ressens le besoin d’en faire partie, de participer comme je peux à minimiser la violence du choc. Et d’être ainsi entourée de personnes qui comprennent et partagent cette vision du monde.

Même si je peux en parler librement avec Léo, c’est compliqué en voyage. Ce n’est pas un sujet qu’on aborde facilement avec quelqu’un qu’on vient juste de rencontrer, entre la bouchée de viande et la gorgée de Coca-Cola. Et j’ai encore du mal à ne pas ressentir de la colère quand un voyageur me dit vouloir visiter tous les pays du monde, le plus vite possible, et passe ainsi plus de temps dans les avions et aéroports que dans les pays en question. Comment fait-on pour ne pas savoir aujourd’hui ? Être autant dans le déni ? C’est un sujet qui est trop brûlant pour moi et je ne sais pas encore l’aborder avec bienveillance et pédagogie. Et je me sens parfois seule et dépourvue.

Je culpabilise d’être loin de mes proches, de ne pas savoir leur en parler, de ne pas pouvoir les accompagner dans un changement de vie qui me semble nécessaire et urgent. Mais en serais-je seulement capable ? Les quelques discussions sur des sujets liés à l’écologie ou la surconsommation ont déjà amené leurs lots de tensions, alors faut-il parler d’un possible effondrement ? Mais comment ne pas en parler alors que l’arrêt de nos moyens de production énergétique, et par la même de nos moyens de communication, fait maintenant partie du champ des possibles ?

Au-delà de tout cela, j’en viens à me questionner sur le sens de ce voyage, de ce mode de vie. J’en ai rêvé pendant des années. Je m’y suis préparée pendant des années. Et d’un coup, il me parait un peu creux. Cela n’aurait-il pas plus de sens d’apprendre à cultiver la terre, à nous construire un petit habitat pour tendre à l’autonomie, de prendre part à une communauté qui cherche et teste activement des solutions pour demain, de participer physiquement aux actions politiques menées pour dénoncer et changer notre système actuel ?

Essayer de redonner du sens à notre voyage

Bon, ça fait beaucoup de questions sans réponses… Mais qu’est-ce qu’on en fait maintenant ? On annule tout et on va s’isoler dans un coin de nature ? Ce n’est pas au programme ! Alors comment redonner un sens à ce voyage ? Voici quelques pistes auxquelles nous réfléchissons :

L’engagement militant

Nous ne pouvons pas nous engager durablement dans un collectif ou une association militante. Soit. Mais nous avons le luxe suprême : le temps. Nous pouvons tout à fait nous engager quelques mois pour une cause pendant notre voyage. Donner de ce précieux temps. Nous aimerions beaucoup, par exemple, prendre part à un équipage de Sea Sheperd durant plusieurs mois pour participer à la protection des océans, sinistrés par notre mode de vie et pourtant indispensables à la régulation de notre climat. Nous nous apprêtons à postuler pour participer à une campagne en Nouvelle-Zélande. Croise les doigts pour nous !

L’apprentissage

Nous souhaitons également profiter de ce long voyage pour apprendre des différentes cultures que nous rencontrons. Les habitats et modes de vie que l’on considère comme alternatifs chez nous sont déjà en place depuis longtemps dans certaines sociétés. Observer, apprendre et partager.

Nous souhaitons également pouvoir travailler dans des fermes pour apprendre à faire pousser la nourriture que nous mangeons. Apprendre la permaculture pour comprendre la nature.

Et puis, partout sur notre route, nous aimerions apprendre à reconnaître et cuisiner les plantes sauvages comestibles.

Enfin, pourquoi ne pas vagabonder d’une communauté à l’autre pour apprendre et partager les expérimentations et succès de chacune ?

Parler de notre mode de vie

Et si, finalement, notre voyage à durée indéterminée avait un sens de par la sobriété qu’il exige (notre vie tient désormais dans un sac à dos) et ce projet de voyager depuis la Nouvelle-Zélande jusqu’en France sans avion ? Sans parler de notre objectif de tendre au zéro déchet ou encore de mon végétarisme… Nous avons choisi un autre mode de vie, une autre façon de voyager, pour être en accord avec nos convictions (mais aussi parce que c’est ce qui nous fait vibrer). Alors, peut-être que le simple fait d’en parler, de montrer que c’est possible, c’est déjà une petite participation en soi. Dans ce cas, ma toute petite voix sur les réseaux sociaux suffit-elle ? Et pourquoi ne pas en parler directement aux personnes sur notre route ? Parler d’écologie et des enjeux actuels dans les écoles par exemple.

Un virage professionnel

J’aimerais également passer du temps à me former pour réorienter mon travail freelance avec Lundi communication vers une production web responsable.

Bref, beaucoup de questions et quelques pistes. Pourtant, je ne me fais pas d’illusions, aucune des actions que l’on pourra mettre en place ou auxquelles nous pourrons participer ne suffiront à éviter les catastrophes. Elles se produisent déjà. La biodiversité que l’on tue, les humains et animaux qui meurent à cause de la pollution, à cause des catastrophes climatiques, à cause de la raréfaction de l’eau potable ou de nourriture, les crises sociales d’une violence inouïe qui se jouent en ce moment même à travers le monde… C’est en cours. Est-ce une raison pour ne rien tenter et laisser faire ? Cela est absolument inenvisageable.

C’est un sujet particulier, sensible et important. Je te remercie de m’avoir lue jusqu’au bout. Ça compte beaucoup pour moi. J’aimerais avoir ton avis sur la question, en discuter avec toi. Que sais-tu de l’effondrement ? Qu’en penses-tu ? Quel engagement as-tu choisi d’avoir ou de ne pas avoir ? Pourquoi ? Je t’invite donc à répondre à cette lettre par un commentaire.

Je t’embrasse.

Léa

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Cet article a 26 commentaires

  1. J’ai lu jusqu’au bout tes réflexions et j’en retire deux impressions : une grande tristesse, car ton texte très clairvoyant, malgré tout, semble tellement dépourvu d’espoir et aussi une ouverture sur des solutions positives et constructives vers l’avenir ! C’est bien vous les jeunes, qui faites bouger les mentalités et je constate que de très nombreuses actions sont mises en oeuvre, un peu partout, mais les médias préfèrent brasser la boue et le marasme…ça se vend mieux, hélas !!
    Pour ma part, je suis croyante et j’Espère, j’agis à mon petit niveau et je me dis que « beaucoup de gouttes d’eau ensemble, font des océans » !!
    Gros, gros bisous à vous deux et cramponnez-vous !! Mamie Anne.

    1. En effet, il est difficile d’avoir de l’espoir aux vues de la situation actuelle qui est déjà gravissime (60 % des vertébrés ont disparu en 44 ans pour ne prendre qu’un seul chiffre au hasard) et l’inertie des politiques qui cherchent encore et toujours cette croissance qui nous tue à petit feu. Les mesures qui auraient réellement pu redonner de l’espoir auraient dû être prises il y a 50 ans. Elles n’ont pas été prises, pas plus qu’aujourd’hui.
      Quant aux prises de conscience individuelles, elles ont bien lieu mais encore trop à la marge (on parle encore de « bobo écolo » pour ceux qui s’engagent – et il suffit de regarder les chiffres générés par chaque Black friday, c’est effrayant et désespérant), trop lentement et toujours trop tard pour pouvoir changer les choses de façon significative…
      Ce n’est pas pour autant que je pense qu’il ne faut pas faire ces petits pas/gouttes d’eau qui sont en effet importants. Et si je n’est plus d’espoir pour un monde idéal, j’ai encore de l’espoir pour du moins pire et c’est pourquoi je m’engage personnellement et que je souhaite militer.
      Merci d’avoir pris le temps de me répondre. Bises.

  2. Je ressens aussi la même chose. Quand on sait que ce système n’est pas viable tout peut être remis en question. Mais durant mon long voyage j’ai fait pas mal de woofing et vécu dans des lieux alternatifs pour apprendre. Je pense vraiment que ceux qui s’en sortiront le mieux seront ceux qui viviront en campagne et qui seront capable de produire leur nourriture. Très intéressant cet article merci d’en parler.

    1. Bonjour Léa,
      Je ressens également la même chose, et comme toi je ne sais pas avec qui en parler. J’ai peur !
      Mais il faut bien avancer et vivre alors je fais ce que je peux à ma manière. Je fais attention à ma façon de consommer, de m’alimenter. (vrac, local, très peu de viande, produits ménager maison, lombricomposteur…) Et Je ne suis pas seule. Si certains de nos proches sont dans le dénis, de plus en plus de gens en prennent consciences. Et puis mon meilleur allié reste mon chéri. On a plein de projets ensemble, des projets alternatifs, centrés sur la Nature et la Terre, sur l’Humain et l’entraide. Alors en attendant de pouvoir les réaliser on fait à notre niveau et on essai d’apprendre à mieux cultiver la terre, à trouver un moyen de faire pousser nos légumes en vivant en centre ville, à réduire encore et toujours notre consommation…
      J’ai envi de rester positive et j’ai envi de croire que l’humain a une grande capacité d’ adaption et qu’il sera se relever vite. Mais je n’ai aucun doute, la chute sera terrible. Si on l’anticipe on aurra jute moi mal et alors on pourra aider les autres à se relever.
      Quand à ton voyage, tu es sur la bonne piste, sers toi en pour apprendre le maximum sur les modes de vie que tu croiseras sur ta route, pour en retirer les avantages et inconvénients.
      Comme vu dans un précédent commentaire, c’est ceux qui seront à la campagne qui s’en sortiront le mieux. Les gens qui vivent dans des endroits éloignés ont déjà appris à vivre différemment. À nous de Suivre leurs exemples !
      Bon courages Léa dans tes démarches !
      Je t’embrasse

      Jennifer

      1. Merci Jennifer pour ton message. Heureuse de voir que je ne suis pas la seule à chercher des solutions et je te souhaite de trouver une voie qui vous convienne à tous les deux !

    2. Bonjour Anna et merci pour ta réponse.
      Je suis d’accord, la meilleure préparation reste un retour à la Terre. Mais c’est une préparation individuelle qui aujourd’hui ne me suffit pas personnellement. Nous sommes en train de créer un apartheid climatique et je pense que le militantisme reste important et complémentaire pour faire du moins pire.

  3. Bonjour Léa,
    J’imagine qu’en s’engageant à notre niveau au quotidien on a déjà conscience que le monde va mal … cependant le terme «d’effondrement » je ne l’ai découvert que récemment (dans le sens qu’il fait ici), sans parler des chiffres alarmant que tu évoques. Une partie de moi s’inquiete et l’autre partie essaye de se dire qu’il y a le temps où que ça ne peut pas être vrai. J’imagine qu’on appelle ça le déni. C’est dur de voir les gens qui se penchent sur le sujet vivre dans la peur tout comme c’est dur de voir certaines personnes surconsommer sans raison et sans même s’en rendre compte. Petit à petit on ajoute des petits gestes à notre quotidien, certains nous diront que c’est bien, d’autres que ce n’est pas assez … difficile de se positionner, difficile de vivre dans cette réalité. Cette impression de faire moins que le voisin de droite en s’indignant du comportement du voisin de droite est super étrange. Je vais m’arrêter là car mille pensées m’envahissent suite à la lecture de cette lettre et les questionnements qui en émanent remettent finalement des choses en doute chez moi aussi. Merci pour ce partage

    1. Merci pour ton message Florence.
      J’ai aussi ces aller-retours entre « La situation est désespérée, on va tous mourir » et « Mais quand même, c’est trop gros, on va bien arriver à rebondir ! ». Je pense que les leviers d’action se trouve dans l’entre-deux. Mais quelles qu’elles soient, en effet, ça ne sera jamais assez. C’est trop tard pour faire assez de toute façon. Mais c’est mieux que de ne rien faire et de regarder le monde se détruire. Les spectateurs sont tout aussi coupables que les bourreaux. Reste à chacun d’entre nous de trouver sa façon d’agir avec les moyens qui lui sont propres.
      Pour ma part, j’ai la sensation d’être privilégiée par cette prise de conscience et que ma responsabilité en est encore plus grande. Il faut que je fasse ma part et une partie de celle de ceux qui ne peuvent pas/savent pas…

  4. Salut Léa,
    Ton article reflète mon état d’esprit depuis plusieurs mois maintenant. Je suis moi-même très sensible à la cause de l’écologie et de l’environnement et je suis intimement convaincu que l’effondrement va maintenant arriver dans un futur plus proche que loin. Depuis qu’on est rentrées de notre voyage en Amérique latine avec Eno, même si repartir me fait toujours rêver, j’ai plus en tête de construire quelque chose (peu-être avec une communauté si on trouve des personnes intéressées et avec qui le courant passe et qui ont des croyances similaires) pour créer une petite ferme, potagers, poules pour les œufs et même en ayant l’idée de transmettre aux enfants. Pendant notre voyage en Amérique latine on avait été sensibilisé à la construction écologique et en s’y intéressant en France, on réalise que le mouvement est marche en France et au Canada aussi. Ya plus qu’à, ça prend du temps et des ressources, mais c’est de cette manière que je pense me sentir plus à l’aise pour continuer aujourd’hui.

    1. Merci pour ton retour Candie,
      Je sais que vous avez des réflexions assez similaires toutes les deux ces temps-ci. Je pense que vous avez quelques années d’avance sur moi puisque vous en êtes déjà au projet que j’aimerais avoir après notre voyage ! J’ai très envie de suivre sa réalisation en tout cas, c’est très inspirant !

  5. Je pense que tu devrais continuer ton voyage. Continuer d’accumuler des connaissances, d’appréhender d’autres façons de faire et de vivre. Et de parler de ces sujets-là qui te préoccupent. Il y a suffisamment de gens (et à la fois, pas du tout assez) qui ont décidé de mener le combat sédentaire dont tu parles. Et, surtout, surtout, surtout, nous sommes malheureusement déjà bien trop empêtré dans la mauvaise direction.

    A moins que tu ne fasses de ton vivant une découverte technologique ou scientifique ou empirique sur comment fonctionne l’univers dans lequel on vit, qui va convaincre sept miliards de personnes de changer radicalement leur mode de vie (vers quelque chose de plus confortable, naturellement ; l’homme est trop feignant et pas assez confronté à un danger direct pour le faire de soi-même, sinon on n’aurait pas inventé la méditation pour faire preuve d’empathie envers ce qu’on connait pas) en moins de deux générations, je te conseille de vivre ta vie sans attentes (pas sans exigeance, hein, comprenons-nous bien : avec humilité), et de la remplir avec des choses qui font sens pour toi, et de les irradier tout autour et de les transpirer à chaque échange avec une autre personne.

    Sinon, il reste le suicide.

    J’espère que tout va bien pour toi Léa =) Des bisous aussi à Léo.

    1. Salut Bruno et merci pour ton retour et cette conclusion qui tue (oh oh jeu de mots).
      Je ne suis pas vraiment d’accord avec toi, enfin avec ce que je comprends de ton message. J’ai l’impression que tu es très fataliste (ce qui est plus que légitime aux vues de la situation actuelle). Mais je pense que l’action est primordiale. Même si ça ne suffira pas à sauver les meubles, ça participera peut être juste à du moins pire. On est privilégiés à avoir conscience de la situation, ce qui nous donne une responsabilité. Et puis je pense que l’espoir se situe dans l’action et que mettre les problèmes sous le tapis, c’est risquer de se faire bien mal en s’y prenant les pieds.
      Par contre, je suis d’accord avec le fait que ce ne soit pas incompatible avec le voyage. Le mode de vie nomade peut d’ailleurs avoir quelques avantages dans les combats et apporte de la résilience.
      Tu en es où toi d’ailleurs ? Toujours en vadrouille ? 🙂

  6. Salut Léa
    De mon point de vue, après avoir beaucoup lu, écouter, l’effondrement dont tu parles est bel et bien proche…
    Que ce soit écologiquement, financièrement, socialement, tout nous emmène vers cet effondrement.
    Personne ne peut prédire ce qu’il va se passer, la nature qui reprendrait ses droits ?
    L’effondrement de ce système capitaliste basé sur les profits infinis de ressources finis ?
    Le soulèvement de peuple trop longtemps esclave ?
    On en sait rien…
    Peut-être que ce sera un mal pour un bien, une consommation plus raisonnée, un partage plus égale, ne plus faire passer l’argent avant l’humain…
    On en sait rien…
    Ce dont je suis à peu près sur, c’est qu’il faut se préparer à ce changement…
    Apprendre à revenir à des choses essentielles, la culture de la terre dont tu parles par ex…
    Après, je ne pense pas que la vie nomade que vous avez choisi soit incompatible, bien au contraire !
    Comme tu l’as si bien écrit, votre vie tient dans un sac à dos !
    Ré-apprendre à se satisfaire du minimum… Et partager, écouter, apprendre de l’autre, aller à sa rencontre…

    On ne se connait pas beaucoup, mais j’ai aussi un peu voyager, bien moins que vous ne l’avez fait mais un peu quand même.
    J’avais ce sentiment de devoir partir pour mieux me retrouver… Je l’ai fait, et ce voyage m’a conduit au Népal.
    Durant 40 jours alors que je ne parle pas un mot d’anglais…
    Bref, lorsque j’ai décidé de partir, je me suis demandé comment voyager ?
    Il était impossible pour moi d’y aller juste pour profiter, j’ai eu besoin d’essayer de faire quelque chose de bien de ce voyage…
    Même encore maintenant, avec Elodie nous avons décidé de partir en Mongolie et je ne peux pas y aller sans essayer d’apporter du bien, faire un voyage un peu intelligent, pas comme ces crétins de touristes…
    Alors au Népal, je suis allé dans un orphelinat dans lequel j’ai travaillé, j’ai aussi participé à une mission humanitaire en qualité de photographe afin d’apporter l’eau potable dans un camp de réfugiés tibétains…
    Bref, je ne peux que vous conseillé de le faire… Faites le ! Vraiment…

    Étrangement, tu parles de Sea Shepperd, je ne peux pour le moment pas participé à une campagne mais j’en parlais à des amis et à Elodie il y a quelques mois, je me vois bien une fois que ma gamine sera grande, embarquer avec eux !

    Je sais ce qu’est d’avoir peur du futur, encore plus depuis que je suis devenu père, mais à mon niveau j’essaye de transmettre des valeurs humaines, des envies de voyage, d’ouverture… Difficile quand ta gamine est inondée constamment par cette société individualiste de consommation disproportionnée…
    Ta peur se comprend, mais il faut avoir confiance en l’homme, l’humain…
    Continuez comme vous le faites, au delà de faire rêver comme je te le dis souvent dans tes posts, vous ne faites pas que ça, vous allez à la rencontre de l’autre, vous discutez, vous asseyez et vous échangez et vous vous posez les bonnes questions… C’est, je penses, la base de notre survie prochaine…

    Bises !

    1. Salut Manu,
      Merci pour cette réponse détaillée.
      En fait, je suis tellement d’accord avec tout ce que tu dis là que je ne sais même plus quoi répondre à part merci, tout simplement, ça fait un bien fou de lire ça ! Et courage dans ton engagement personnel !

  7. Ton texte fait écho à ce que je ressens depuis plusieurs mois. Je ne suis pas nomade, je pourrais faire beaucoup plus, m’engager… Mais j’ai l’impression que c’est déjà trop tard.
    Alors je profite de ces derniers instants. Je voyage, je découvre le monde avant qu’il ne s’éteigne. C’est pas écolo non, mais pour le moment c’est la seule chose qui donne un peu de sens à ma vie.
    J’espère changer de voie d’ici quelques années et m’épanouir sans voyager. On verra.

    1. Merci pour ton retour Sarah.
      Je suis d’accord avec le constat, c’est trop tard pour éviter un effondrement. Mais ma conclusion est tout à fait inverse. Même si aucune action ne peut tout solutionner, l’action reste primordiale pour tendre collectivement à un moins pire. Je pense que de ne rien faire, c’est participer au cercle vicieux.
      Et cette action là, qu’elle soit personnelle ou collective, c’est elle qui peut redonner un sens à nos vies, parce que c’est en elle que réside le peu d’espoir qu’il peut rester. Et que sans espoir, on est pas grand chose.
      Aussi, je pense donc, après de longues semaines de réflexion, que ce n’est donc pas incompatible avec le voyage. Je suis voyageuse et engagée écologiquement. Mais ça suppose remettre en question sa façon de voyager. Je ne suis plus du tout en accord avec certains voyages que j’ai pu faire au début de ce blog. J’ai évolué, mais le voyage est resté une constante.

  8. Je m’étais aussi posé la question du paradoxe entre envie de voyage et envie de militantisme, les deux étant souvent incompatible… comment être utile à une communauté si on n’en est qu’un membre en pointillés ?

    Ma solution pour l’instant est d’essayer de sensibiliser autour de moi en tentant d’avoir le mode de vie le plus en accord avec mes convictions possible, sans renoncer à mes voyages pour l’instant – cela ne ferait que me rendre malheureuse. Être nomade et privilégier les longs voyages aux sauts de puce à répétition est déjà bénéfique. Je sais aussi pertinemment que d’ici quelques années, mes envies de voyage disparaîtront, et que je pourrai alors creuser une autre envie de toujours : celle d’être une néo-fermière, de vivre le plus possible en autarcie, et être véritablement présente dans ma communauté d’alors. En attendant, donner un exemple positif et relayer les actions des gens qui font vraiment avancer les choses nous sépare déjà de l’apathie.

    1. Merci Audrey pour ton message qui rejoint tout à fait mes réflexions. On va dans le même sens je pense.

  9. Je n’avais jamais vraiment entendu parler de ce mot « effondrement ». Même si le reste de ton texte me fait entièrement écho. Je pense aussi, depuis bien des années, que les choses bougent. Il y a une évolution positive dans tout ça. Tu verras d’ailleurs que la Nouvelle-Zélande est un très beau pays pour te redonner espoir. Je pense qu’il y aura encore beaucoup de changements, beaucoup de morts comme beaucoup de renaissances. Le zéro déchet n’est pas nouveau par exemple, depuis petite nous avons eu seulement des mouchoirs en tissus, pas de micro-ondes et des savons durs, cela, grâce à mes parents. On s’est fait moqué à l’école et puis aujourd’hui, tout le monde y vient. Comme quoi, pour moi, de ma petite campagne natale au monde d’aujourd’hui, j’y ai quand même vu des évolutions positives et je pense que ça va continuer. Avoir de l’espoir permet aussi de faire bouger tout ça et je pense que l’Homme, malgré la destruction qu’il engendre parfois (souvent), a de l’espoir. On y arrivera, petit à petit. Mais effectivement, en parler un peu voir beaucoup à qui veut l’entendre c’est déjà très bien, rien ne sert de brusquer, imposer pour finalement braquer ceux qui ne sont pas encore prêts à ce changement.
    Sache que tout est possible, que l’on peut vivre sans super-marché (potager, producteurs locaux, etc.), manger de la « bonne » viande qu’une fois par mois (car les animaux sont aussi très importants pour les sols), recycler son eau (pour le potager, laver les légumes, etc.) ou encore ne pas acheter de fast-fashion (marques alternatives, seconde main, etc.), que certains le font déjà alors pourquoi pas la majorité du monde, un jour ?
    En tout cas, bravo pour tes changements, ton engagement, tes paroles. C’est aussi comme ça que le monde évoluera positivement !
    Bon voyage à toi et Léo, je continue à te suivre sur Insta !

    1. Merci Clarisse pour ton message et le partage de ton espoir. C’est justement à cet espoir que j’essaie de me raccrocher via un engagement personnel et, j’espère bientôt, collectif. Il est indispensable pour avancer mais parfois bien difficile à retenir.
      J’ai juste peur de ce « pourquoi pas, un jour ». J’ai peur qu’on n’ait plus le temps pour attendre les prises de conscience individuelles. C’est pourquoi il me semble que l’engagement est nécessaire. Que c’est de notre responsabilité, nous qui sommes privilégiés en en ayant conscience, de faire bouger les choses. Ça ne sera jamais assez, mais ça sera déjà ça.
      Contente de te lire à propos de la Nouvelle-Zélande. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre à ce sujet entre la culture Maori proche de la Terre et l’américanisation de la société (peut être un stéréotype que je serai heureuse de casser sur place).

  10. Je me pose moi même toutes ces questions, et où vivre dans 50 ans quand la terre sera mal en point. J’en parle justement dans mon dernier article, de manière plus breve et toujours sans solutions. C’est difficile de trouver un sens à ça vie dans ses conditions. Dans mon entourages les gens reste dans le deni et rien ne change, c’est plutôt déprimant… J’espère tout de meme que le futur se passera pas trop mal. Et puis est-ce encore pertinent de faire des enfants ?

    1. Merci Louise pour ton message. J’avais raté ton article (qui a été publié le jour de notre grand départ !) et en effet, on se rejoint sur pas mal de questions. J’avoue d’ailleurs, un peu honteusement et égoïstement, que j’espère que s’il y a un effondrement, ça sera pendant mon PVT en Nouvelle-Zélande.
      Ah et puis la question des enfants… Je ne l’ai pas posée dans cette lettre déjà bien lourde mais je me la pose évidemment. Difficile question !

  11. Merci Léa de nous faire réfléchir à un sujet que à la base à mon avis à était créé par les médias mêmes. Créer de la peur et de la division est toujours l’objectif.
    Et si nous écoutons en silence ce qui nous dit vraiment la terre avec notre cœur à la place des voix des autres, est-ce que nous trouverons nos vraies solutions? Semer, aimer et respirer (peut-être le Phranisme soi au rdv et la question de la famine soit juste une illusion comme celle de “l’effondrement” ?)
    Nous sommes parti dans changement de conscience quoiqu’il soit l’endroit de la planète où tu soit, c’est qui est juste est de faire ce que tu es en train de faire car ce c’est que nous avons tous besoin, réveiller les consciences, aider les animaux, planter des arbres, semer des graines et surtout déployer ta lumière autour de toi comme le soleil toute les matins…
    Notre planète notre maison elle continuera son évolution avec ou sans nous, a nous de nous équilibrer avec elle et ça veut dire il n’y pas que des écarts dans “la richesse”et “la pauvreté” mais aussi dans la façon comme nous le conservons, nous sommes “pauvres” dans le fait première de penser qu’il a un “riche” que ne se soucis pas de moi et vice-versa. Nous sommes cocreateurs et coacteurs de notre monde, comme disait Gandhi “Soyons le monde que nous voulons voir”. Il n’aura pas d’effondrement s’il n’existe pas dans ta pensée et tu ne fais pas partie de cette cocreation collective.
    Je ne sais pas si ce que je pense t’aidera ou pas, mais je crois vraiment au pouvoir de notre pensé et je veux cocreer un monde de paix, de joie et de bonheur pour nous tous, en chassant ces pensées négatives et parasites qui nous empêchent de voir et déployer notre vrai nature, “La Lumière”.
    Je vous aime très fort et nous pensons fort à vous deux.
    Gros bisous et à très vite pour une nouvelle aventure

  12. Merci Léa pour ton partage!
    Et si nous écoutons en silence avec notre cœur ce que la terre a a nous dire?
    Et si nous, en tant que cocreateurs et coacteurs de notre monde décidons de voir que de l’amour, de la paix, de la joie autour?
    Est-ce que le pouvoir de notre pensée n’est pas assez puissant pour vaincre un tel « effondrement »?
    Ce n’est pas notre pensée qui est en train de s’effondre grâce aux message en boucle sur des illusions que nous aidons à faire devenir réels ?
    On parle de la famine et on peut devenir Phranique? Encore une illusion?
    Ma chérie, je partage avec toi, bcp des peurs, des doutes et des culpabilités. Mais aussi la certitude que tu es en train de faire ce que tu dois faire et que il n’existe pas d’effondrement si je ne participe pas à la création de son existence.
    Je t’aime fort et nous pensons fort à vous.
    Gros bisous.

    1. Salut Laura et merci pour tes messages inspirants !
      Je ne suis pas tout à fait d’accord avec tout puisque l’effondrement de la biodiversité a déjà bien lieu par exemple. Et en effet, même si la Terre peut s’en sortir, elle gardera de graves séquelles de notre passage. Mais oui, sinon, je parle bien d’effondrement de notre société humaine et non de fin du monde.
      Je suis également d’accord sur le fait que les solutions se trouvent dans le collectif, l’empathie, l’amour et l’action. On doit être à l’écoute et agir ensemble. Mais est-ce que tout le monde le comprendra ? On voit des survivalistes qui s’isolent complètement. C’est tellement triste comme réaction !
      Bon, faut que j’essaie de penser davantage à tout ce qu’on peut faire de beau plutôt qu’à tout ce qui va mal. Tu as raison là-dessus, la pensée est forte et c’est le récit d’un demain meilleur qui peut faire bouger les gens. Mais c’est pas toujours facile face à l’accumulation de mauvaises nouvelles.
      Bref, merci encore pour tes messages.
      On pense fort à vous aussi depuis le Pakistan. De gros bisous, on vous aime fort !

  13. Merci Léa!!!
    Je ne sais pas si la terre gardera des séquelles, même si c’est sur que nous avons en nous des séquelles de notre passé, dont des blessures, et c’est que j’ai découvert est que la meilleure façon de les surmonter est de les aimer et de les accepter pour mieux les accueillir et les transformer en nous, quand ça arrive, même l’effondrement ne t’effondre pas, car tu l’as déjà accueilli avec amour et acceptation.
    Je souhaite que nous nous retrouvons dans cette équilibre pour redevenir le “Nous sommes qu’UN”, notre planète et elle sommes nous. En attendant je hâte de te relire et savoir que tout tes aventures sont aussi passionnantes et inspirantes que d’habitude.
    Gros bisous à tout les deux, nous vous aimons fort.

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